Pays de bucherons

"Le gouvernement a décidé que c'était un document intéressant.
Il demande aux professeurs de le lire".
Henri G., Canal +, 18.10.2007.
Au sujet de la lettre de Guy M.
Souvenons-nous.

* Ainsi sont sorties les dernières données internationales sur l'Éducation. Et voici de nouveau dans vos journaux de propagande préférés, les lamenti sur la situation française, médiocre au plus propre du terme. Ceux qui veulent vider le bébé, l'eau du bain, et interdire le bain car ils préfèrent les douches, n'ont pas fini de ce servir de cette bouillie intellectuelle que représentent ces études prises en vrac sans un minimum d'esprit d'analyse.

Les études les voilà en pdf (attention il y a à lire...) PIRLS et PISA :
Pour PIRLS on le trouve sur cette page.
Pour PISA on le trouve sur cette page.

Déjà les premiers commentaires sur le site du Café pédagogique. L'Expresso du jour renvoie vers Meirieu (au discours sans surprise) et à d'autres... En gros, on est nul, faut changer.

* Pour éviter toute conclusion hâtive,
et selon toute bonne logique analytique, on devrait commencer par regarder de plus près la nature même de ces études. Car elles ne sont pas anodines. L'institut de la FSU fournit une enquête solide sur son site. C'est là .

Celle-ci montre que PISA n'évalue pas les connaissances mais les compétences, l'aptitude à réaliser des tâches que l'on trouve dans la vie de tous les jours. C'est sûr l'école française n'est pas basée la dessus (et franchement est-ce si mal ?). Beaucoup d'items ont été proposés par les pays anglais qui curieusement les réussissent mieux...


*On va vous dire que la Finlande, voilà un vrai pays ou l'éducation sait se tenir, c'est autre chose que notre armée rouge de l'Éducation nationale (remarquez, il s'agit souvent de l'argument du prof de droite, du supérieur qui plus est, le gars qui sait de quoi il cause, quoi).

Est-ce si sûr ? A voir.
Darcos, encore il y a peu, y a mené de savantes observations. Était-ce bien utile ?


Voyons, voyons. En fouillant un peu (2' 15 sur google) on trouve un fort instructif rapport d'un inspecteur général, Rémy Jost, qui a effectué une mission en Finlande, voilà plus de 2 ans et que tout le monde semble ignorer. Je vous le conseille il est là en pdf.

Pour résumer :
Vous y apprendrez comment un pays de 5,2 millions d'habitants (soit moins que la population scolaire française), sans immigration et culturellement très homogène, arrive à faire apprendre avec succès une langue qui s'écrit comme elle se prononce, donc sans quasiment de fautes d'orthographe. Mieux encore vous y apprécierez tout le mérite des élèves finlandais qui travaillent en mathématiques, par exemple, sur des exercices qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux tests PISA, et cela depuis l'âge de 7 (avant ils sont à la garderie).

Vous comprendrez pourquoi des élèves qui sont rarement plus de 20 par classe (et souvent même que 12), qui ont leur matériel pris en charge par les établissements scolaires, et qui bénéficient d'une cantine gratuite, semblent apprécier largement le collège unique instauré en 1970, ou ils suivent des cours de 45 minutes entrecoupés chacun de 15 minutes de pause et ce avant 13 heures, heure à laquelle ils sont libérés (et le samedi est libre). Il doivent y supporter cependant l'impossibilité du redoublement. Cruel sacrifice !
Pire, vous envisagerez leur angoisse quotidienne de ne pas avoir de note (aucune pendant les trois premières années d'école).

Enfin, vous apprécierez à sa juste mesure la motivation des enseignants, payés 2000 € en début de carrière et plus de 4000 après 10 ans de service, qui ne connaissent pas l'inspection (supprimée en 1970) et qui bénéficient de salles des professeurs très confortables dans lesquelles ils ne viennent pas corriger leurs copies puisqu'ils en ont qu'exceptionnellement (quatre ou cinq devoirs surveillés sont organisés dans chaque discipline par année). Vous comprendrez les problèmes didactiques insondables qu'ils ont pour tenir le rythme cours magistral / exercices.

Sans doute faut-il souligner l'angoisse du représentant syndical — de l'unique syndicat — avec lequel l'État est tenu de négocier toute réforme ou régulation.
Vous y remarquerez encore la qualité des programmes, basés sur aucune référence universitaire et conçus pour être pragmatiques, utiles « pour la vie », à tel point que par exemple le théorème de Pythagore est énoncé sans explication, seules les applications intéressent (la démonstration, éventuellement elle n’est qu’entrevue à l’aide d’un puzzle). Avec soulagement vous comprendrez que toutes les disciplines contribuent à un sentiment national fort, l’esprit de groupe et le sens des responsabilités.

Donc pour résumer : Pas de redoublement, peu de notes donc peu de copies, pas de cours l'après-midi, classes très allégées, salaires des profs multipliés par deux (par rapport au salaire français), peu d'exigences disciplinaires.
Ca vous dit pas ?

*Evaluation, toujours. Le SGEN-CFDT, lui, aurait trouvé (le 3 décembre) dans la presse de nouvelles informations sur l'évaluation. Si quelqu'un sait exactement quelles sont ces annonces nouvelles... Voici ce que l'on trouve sur son site :

Le Sgen-CFDT a pris connaissance par la presse de l’annonce par Xavier Darcos d’une réforme imminente de l’évaluation.
Le mode d’évaluation choisi sera déterminant pour l’évolution du système éducatif.
Le diagnostic comme les objectifs fixés à l’évaluation par le Ministre de l’Education Nationale sont de nature à rencontrer certaines préoccupations des personnels.

Mais, en fidèles Rantamplan de l'action gouvernementale, ils en rajoutent et disent quelque chose de fort :

« Encore un effort, Monsieur le Ministre, osez l’évaluation collective ! »
Il veulent : "une transformation plus profonde de l’évaluation (évaluation des établissements, des équipes) vraiment utile, à même de mobiliser les personnels, favorisant les pratiques collectives aujourd’hui indispensables pour une plus grande réussite des élèves. L’évolution du métier comme des pratiques enseignantes sera en grande partie conditionnée au mode d’évaluation qui sera mis en œuvre."

*
Enfin, ils auraient bien de l'humour au lycée Matisse de Cugnaux. Voyez plutôt ce tract diffusé à la sortie des classes. Que faut-il lire entre les lignes ?

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