Pochard rime avec coquard
Dans la France bleue qu'on a, la commission Pochard-Rocard (vous vous souvenez pas ? eux se souviennent de vous !) est priée d'écrire un livre vert, qui servira à rédiger un livre blanc, et là on verra rouge, mais ce sera peut-être trop tard...
Alors que ladite commission travaille et auditionne, on en a déjà parlé à propos des propos de Mérieux, on apprend incidemment ici où là ce qu'il s'y dit et s'y pratique. En fait il vous suffit d'aller voir sur le site du ministère , il y a même un diffusion des auditions en vidéo (c'est un peu lourd, mais possible). C'est là.
Pour ceux qui n'ont pas le temps résumons...
* D'abord, pour ceux qui en doutaient, au delà de son titre (commission pour la revalorisation du métier d'enseignant), le SNES nous confirme que l'objectif n'est pas ladite revalorisation mais bien la remise ne cause des fondements actuels des statuts de prof pour répondre aux nécessités budgétaires (moins de fonctionnaires). Elle doit donc répondre à la question : comment on fait ?
"L'objectif annoncé d'entrée par le Président est de s'affranchir de ce qu'il appelle "la brique élémentaire" qu'est l'heure de cours. En effet pour lui, la définition des services à partir du nombre d'heure de cours interdit toute souplesse dans la gestion des établissements et inhibe toute initiative. Concevoir les obligations de service en utilisant d'autres références permettrait de mettre en oeuvre la désormais classique liste des solutions miracles : autonomie augmentation du temps de présence, prise en charge de missions autres que celles d'enseignements... (...)
La notion de performance serait introduite en liant évaluation des enseignants et progrès des élèves. Pourraient être ainsi utilisés les indicateurs de performances développés dans le cadre de la LOLF ou dans celui de la loi Fillon de 2005. Le rôle des chefs d'établissements serait ainsi renforcé dans la gestion des personnels, dans leur évaluation et dans le déroulement de leurs carrières". (US, n° 658)
*Ensuite, il faut dire qu'un certain nombre d'enseignants (et leur représentants) foncent tête baissée dans le débat, qu'ils jugent "nécessaire", car ils croient encore qu'ils ont quelque chose à y gagner .
Ainsi en va-t-il par exemple des espoirs du SNIUPP (FSU) qui dit que "l’évaluation des enseignants, telle qu’elle existe aujourd’hui, n’est plus adaptée. Elle repose en gros sur une inspection d’une heure tous les trois ans. Cela n'a aucun sens. Le SNIUPP souhaite voir ces inspections remplacées par une évaluation, accompagnées de modules de formation." Pourquoi pas en effet. L'espoir fait vivre...
Bien moins surprenant, le SNPDEN (syndicat des chefs d'établissements, UNSA) "de son côté a proposé une autre solution : une évaluation des enseignants à la fois par les chefs d'établissements et les inspecteurs, tous les trois ans. Ce qui impliquerait une plus grande reconnaissance de la "responsabilité pédagogique" du chef d’établissement." Ben tiens ...
*Enfin il y a les collabos (les vrais), ceux qui aident le gouvernement à gouverner, et en l'occurrence proposent de géniales idées pour justifier les drastiques coupes budgétaires à venir. Ceux-là ils sont forts et c'est, encore une fois, le SGEN-CFDT.
Ils tiennent même leurs propositions à la dispo de tous sur son site internet (voir là).
Le SGEN "demande de rompre avec l’actuelle division du travail dans les établissements" (...) Il veut aussi "une dotation en deux morceaux : « l’une correspondant au fonctionnement « nécessaire » pour assurer l’horaire officiel élèves, l’autre contractualisée avec les autorités de tutelle et les collectivités territoriales." Il réclame encore "pour le chef d’établissement un rôle d’animateur de projet, et demande de rompre avec une vision strictement hiérarchique." Son modèle : l'enseignement agricole.
Extraits :
"Le temps
de service global ne doit donc pas être calculé sur
la base d’obligations de service définies strictement sur
un nombre d’heures de cours mais sur la base de
toutes les missions à assurer. Le Sgen-CFDT propose
un service reposant sur des grands blocs modulables
en fonction des missions exercées par chacun. Un
premier ensemble comprendrait le face à
face pédagogique et les tâches liées au
face à face (préparation, évaluation, suivi et
accompagnement, concertation, conseil de classe,
d’enseignement, relation avec les familles). Un
second ensemble prendrait
en compte l’implication des personnels
dans la vie
de l’établissement, dans des projet pédagogiques,
dans le travail en équipe, dans des projets
spécifiques liés au projet d’établissement, dans la
formation ou le tutorat des collègues, dans d’autres
missions."
Voilà,
première livraison autour de la commission
Pochard-Ricard (sinon rien).
a vous de rester éveillé et de suvire les débats sur
le site du ministère ...
Désorientation des services ?
On ne voit pas comment cela va pouvoir fonctionner sans encore alourdir la charge de travail des enseignants (mais j'suis bête, ils vont embaucher des milliers de copsy...)
AFP — Présenté en conseil des ministres par le ministre de l'Education Xavier Darcos et son homologue de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, cette réforme prévoit la mise en place d'un "parcours de découverte des métiers et des formations" pour tous les élèves à partir de la 5e, selon le communiqué du conseil.
Le parcours à partir de la 5e passera notamment par une journée de découverte dans un lycée général ou technique pour les collégiens, une journée dans une université, une classe préparatoire aux grandes écoles ou une section de technicien pour les lycéens, ainsi que trois entretiens personnalisés en 3e, 1ère et terminale.
Il doit être mis en place dès la rentrée de septembre 2008 dans certains collèges puis progressivement étendu à tous les établissements en 2010.
"A terme, aucun élève ne quittera le collège sans avoir passé dix jours dans une entreprise et découvert plusieurs filières de métiers différents", souligne le communiqué.
Faut-il voir dans cette réforme une réaction positive aux remontrances formulées par certains groupes de pressions patronaux ? (souvenez-vous)
Guy Môquet, encore
Contrairement à ce qui a été écrit ou dit ici ou là (et qui était en soit impensable d'ailleurs), le gouvernment n'a jamais dis que la journée Guy Môquet allait être abandonnée (voire transformée). Wauquiez précise les choses à l'AFP et en remet une couche. Pour l'année prochaine bien sûr (le recteur de Strabourg respire !).
"Le gouvernement veut
pérenniser
la journée Guy Môquet, annonce
Wauquiez
Le
gouvernement envisage de pérenniser la journée de
commémoration du souvenir de Guy Môquet, organisée
lundi dans les lycées, sous la
forme d'une journée "consacrée à la jeunesse
résistante", a déclaré jeudi son
porte-parole Laurent Wauquiez.
"Le but
n'est pas que ça reste un +one-shot+, une simple
opération médiatique
[c'en était donc un ?]ou un feu de paille (...)
le but est de réfléchir sur la manière de transformer
cette journée Guy Môquet en une journée
consacrée
à la jeunesse résistante", a déclaré M. Wauquiez
en rendant compte du Conseil des ministres.
"Le président de la République a demandé à Xavier
Darcos (le ministre de l'Education) de
mener une
concertation là-dessus, de tirer le bilan de ce
qui a été réussi, de ce qui peut être amélioré (...)
en associant bien sûr les professeurs et les chefs
d'établissements", a-t-il poursuivi.
Il faut "essayer de
tirer les leçons de ce qui a été une réussite dans
cette journée", a insisté Laurent
Wauquiez, assurant que cet hommage avait été
un
"succès" dans 93% des établissements
scolaires.
La lecture de la lettre
de Guy Môquet dans les lycées, voulue par Nicolas
Sarkozy, a pris lundi des formes très variées dans
les lycées, sur fond de controverse au sein de la
communauté éducative et dans le monde politique."
Pour
la "jeunesse résistante", sarko ferait peut-être
mieux de ne rien dire. Si la jeunesse se met à lui
résister il rsique de finir en CPE.
Quant à ce qui a été une réussite : pourqoi pas une
course d'orientation sur la dalle d'Argenteuil, cette
fois ?
N'importe quoi pédagogique
AFP — (...) [En plus des founitures light] M. Darcos va également s'intéresser au poids des manuels (50% du poids du cartable). Il souhaite faire du poids un "critère de choix" des manuels scolaires pour les prochaines rentrées et lors de chaque renouvellement de séries de manuels.
Les nouveaux manuels devront obligatoirement mentionner au dos leur poids et leur grammage (poids en grammes par mètre carré de papier). M. Darcos demandera aux collèges de prendre en compte ce "critère de sélection" lors du choix des manuels.
Le ministre suggère aussi de scinder les manuels en plusieurs fascicules afin que l'élève ne transporte que la partie correspondant au programme traité. La pesée des cahiers et des livres est ainsi passée de 6,2 kg à 2,4 kg, soit un gain de près de 4 kg."
Et pourquoi pas scinder les manuels scolaires en feuilles indépendantes ? Cela s'appelle des photocopies. Ah ? ça ne plait pas aux maisons d'édition ?
De toute façon à force d'alléger les programmes c'est sûr on va y gagner.
* Ensuite le Figaro voudrait-il signifier que Darcos dit n'importe quoi ? C'est au sujet de l'organisation du BAC (dans les gymnases, facs, ..., vous vous souvenez ?) .
Le Figaro — "OUBLIÉES les réquisitions de gymnases, bâtiments publics et autres salles de concert ! Après réflexion, l'organisation du baccalauréat hors les murs de l'école ne paraît pas faire recette."
Les recteurs concernés annoncent d'autres pistes :
1/ multiplier les lycées d'examen (chaque lycée ferait passer ses propres candidats).
2/ éventuellement délocaliser ceux qui ont encore cours dans d'autres établissement vides.
3/ trouver de nouvelles vigies pour le bac. Les enseignants ne viendraient que recevoir les copies.
"Résultat, toutes les combinaisons sont étudiées pour réduire au maximum ce panel d'enseignants : un prof qui naviguerait d'une salle à l'autre dans le Vaucluse, quelques profs présents uniquement au début et à la fin de l'épreuve à Dijon, une équipe d'enseignants prête à abandonner provisoirement ses cours en cas d'urgence à Besançon. Côté correction, une meilleure répartition des copies est à l'étude. Pour éviter les charges de travail démesurées, les examinateurs ne s'occuperaient plus que de l'écrit ou de l'oral. Pour faire cohabiter les élèves, pas d'autre moyen enfin que de repenser radicalement les emplois du temps. En repoussant les épreuves anticipées de français à la fin juin. Tout comme les conseils de classe de seconde. Le hic : faire tenir en quinze jours la possibilité donnée aux parents de contester la décision d'orientation, la mise en place de conseils d'orientation et la transmission des dossiers aux proviseurs pour constituer les classes et préparer les emplois du temps relève de la gageure."
Les recteurs rencontrent Darcos aujourd'hui. On attend avec impatience le programme des réjouissances ...
Môquet malgré nous ...
Il faut faire le tour des sites académiques pour constater ô combien les instructions de notre Grand Timonier sont suivies d'effets.
On a déjà décerné le prix spécial faux -culs pour les IPR de Nantes (souvenez-vous)
Désormais, le Grand Prix revient sans doute à l'académie de Strasbourg, dirigée d'ailleurs par un recteur historien.
On admirera avec quelle élégance il introduit le propos avec un bel édito (c'est là) sans intérêt mais habile, puisqu'il convoque les figures de la résistance alsacienne avant d'évoquer Môquet et louvoie pour ne pas évoquer Sarkozy :
"C’est parce que ces idéaux sont aussi les nôtres que nous avons à cœur, ce 22 octobre, comme nous y invitent avec beaucoup de lucidité les élèves élus du Conseil national de la vie lycéenne (CNVL), de rendre hommage à Guy Môquet".
Rampant ce recteur, mais prudent.
Le plus cocasse, c'est lorsqu'on va cliquer sur les actions pédagogiques des établissements (c'est là). On trouve par exemple :
- un lycée de Colmar qui propose une course d'orientation Guy Môquet ;
- une école de commerce privée de Strasbourg qui consacre la matinée du 22 octobre à lire la lettre et l'après-midi "une conférence présidée par M. Charles Spreng, 84 ans, qui nous fait l'honneur de venir raconter devant l'ensemble des étudiants la difficile vie des malgré-nous au cours de la seconde guerre mondiale. Cet alsacien, enrôlé dans l'armée allemande à 20 ans, a été fait prisonnier en Russie. Un témoignage de valeur pour nos étudiants."
- la lecture par un député-maire à des élèves de 3e (les classes de collèges ne sont pas concernées par cette lecture, il faut le rappeler) ;
- dans un autre collège, lecture à toutes les classes...
Mais dites-moi G. Môquet c'est fini pour cette année. Ca fera le même foin l'année prochaine (car c'est installé jusqu'à la fin des temps je vous le rappelle)... mais en attendant de quoi on va parler ?
Le recteur de Strasbourg trouvera-t-il un autre sujet d'édito ? Réponse bientôt ...
Commémoration
Guy Môquet ? pretexte, prétexte,
La vraie raison est que le 22 octobre marque le début, en 1917, à Saint-Petersbourg, des manifestations de masse qui marquèrent le début de la révolution d'Octobre.
Notre Grand Timonier, s'en souvient Lui.
Voilà ce qui se cache sous tout ce bruit autour d'un résistant qu'il y a 3 mois plus personne ne connaissait.
Mais chez vous que s'est-il passé pendant cette journée commémoratée ?
(utilisez les comm')
Presse prise en otage...
"Sans surprise, Patrick Le Hyaric dans L'Humanité estime que "les idéologues sarkozyens veulent effacer la figure du militant communiste engagé contre l'occupant nazi et le régime vichyste".
L'éditorialiste du quotidien communiste suggère de lire d'autres lettres: "Pourquoi ne pas parler de ces résistants +étrangers et nos frères pourtant+, à l'image de Missak Manouchian, au moment où l'on veut imposer ces abjects tests ADN ?" ironise-il.
Dans La Croix, François Ernenwein ne voit pas "pour quels bons motifs cette initiative pourrait être contestée" et regrette la polémique. Il est de ceux qui pensent qu'il "existe une synthèse possible dans l'esprit de résistance". Pour lui tant que "l'injustice demeure, il reste toujours de bonnes raisons de résister".
Le mot d'ordre du Snes de refuser la lecture est diversement apprécié. Francis Brochet brocarde le syndicat enseignant dans Le Progrès: "Non, grâce au Snes, le programme sera respecté, l'émotion ne passera pas, Guy Môquet sera tu. Merci, le Snes."
De son côté, Christine Clerc, dans Le Télégramme, s'insurge: "Quand on entend un conseiller du prince, Henri Guaino, expliquer brutalement que les enseignants +payés par nous+ n'ont qu'à obéir et les accuser de +prises d'otages corporatistes+, on se demande qui prend en otage qui ?".
Le Courrier Picard, sous la plume de Didier Louis, rappelle que "les professeurs seront libres de leurs commentaires, libres d'engager le débat, libres de lire Aragon". Pour lui, "ça s'appelle la pédagogie et, que l'on sache, elle ne se décrète pas par circulaire présidentielle."
L'initiative de Bernard Laporte met tout le monde d'accord et désespère ainsi Gilles Dauxerre de La Provence: "On atteint l'obscène quand Bernard Laporte fait lire la fameuse lettre dans les vestiaires du XV de France".
"Un choc pour ces combattants promus hommes-sandwichs par la grâce des nouvelles valeurs de leur sport business, sous la baguette de Bernard Laporte", plaisante Alexandre Morel dans La Montagne.
Patrick Berthomeau dans Sud-Ouest évoque lui aussi sa "calamiteuse initiative (...) provoquant un mélange des genres frisant l'indécence".
"Le pouvoir a eu tort de mettre la lettre de Guy Môquet à toutes les sauces. On pense en particulier à la lecture qui en fut faite aux rugbymen français invités à résister... aux Argentins", juge Jacques Camus dans La République du Centre.
Un bon article qui résume les positions sur Rue89.
Sinon, Sarko n'ira pas dans un lycée aujourd'hui. Trop occupé !
AFP - "Le Président de la République hélas ne pourra pas se rendre dans un lycée demain compte tenu de son agenda international", a déclaré M. Guaino sur France 2. Nicolas Sarkozy reçoit à la mi-journée le Premier ministre israélien Ehud Olmert avant de partir pour une visite d'Etat au Maroc.
"Cela n'a rien à voir avec l'agitation" qui est "le fait de quelques professeurs", a assuré la "plume" du chef de l'Etat tout en ajoutant que "le président n'était pas très content".
Il avait été un temps question que M. Sarkozy, à l'initiative de cette journée de commémoration, se rende au lycée Carnot à Paris pour la journée du 22 octobre, déplacement jamais confirmé par l'Elysée. Des professeurs de l'établissement avaient rédigé un texte à son intention expliquant leur "refus de participer à cette commémoration"."