Alors, crétins ou pas ?

*Penser l'Education Nationale relève aujourd'hui de la lutte de clan ou du désarroi. Tout le monde à quelque chose à dire, une vérité incarnée. Le plus souvent cela se base, il faut bien le dire, sur de vagues souvenirs d'une école fantasmée. C'est vrai lorsque parlent ceux qui ne sont pas en face d'élèves, ou ceux qui en ont des grands et qui veulent dire à ceux qui en ont des petits comment faire, ou inversement (voyez plutôt le blog de Jean-Paul Brighelli, cela finit par être épuisant). C'est encore pire lorsqu'il s'agit de "géniteurs d'apprenants" qui n'imaginent pas ce que peut être leur rejeton lorsqu'il est en groupe loin de ses parents.

Pour relativiser le pessimisme ambiant, la déclinologie à la mode, et appréhender le phénomène dans sa complexité, allez lire cet article de Télérama qui remet un peu les choses au point en reprenant les propos d'un analyste, Eric Maurin auteur d'un essai, La Nouvelle Question scolaire.

En voici deux extraits, mais je vous encourage plutôt à aller voir l'article en ligne. Ce qui est dit là on ne l'entend pas assez souvent à mon goût. On préfère parler pédago-show, c'est plus rassurant.

Le premier remet l'EN dans une perspective historique qui manque bien souvent :
« Contrairement à une idée aujour­d’hui ressassée, la qualité de l’insertion professionnelle à la sortie de l’école tend à s’améliorer de façon tendancielle depuis les générations des années 60 », (je vous laisse découvrir les arguments).

Le second remet l'EN dans une perspective socio-culturelle qui n'est pas non plus à la mode (il est loin le temps de la fracture sociale) :
« On sait que la capacité à bien apprendre à lire et à écrire dépend surtout d’une bonne pratique du langage, de la syntaxe et du vocabulaire. Et cette acquisition se joue d’abord en maternelle. C’est en grande section que l’on constate les plus grandes disparités entre élèves, souvent liées à leurs origines sociales. Les 15 % qui peinent à lire en sixième ne souffrent donc pas de telle ou telle méthode d’apprentissage de la lecture, mais de difficultés antérieures, liées à la pauvreté effroyable dans laquelle grandissent aujourd’hui 15 % des tout-petits en France. »

Contrairement à ce que dit Brighelli sur son blog (pas content d'être mouché par l'auteur), il faut comprendre à mon sens la pauvreté culturelle (et non pas que sociale) effroyable dans laquelle grandissent les tout-petits (je rajouterais même les plus grands). La cuculture touche aussi les bourgeois, et même certains enseignants.



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Guy Môquet, le retour. Sortie le 22 octobre

* Figures imposées, mais que pour le lycée. Visiblement la liberté pédagogique se veut bien encadrée.

Allez, rompez ! Fonctionnaires, fonctionnez !

C'est une annonce Reuter

La journée d'hommage à Guy Môquet, jeune résistant communiste fusillé en 1941 par les Nazis, a été fixée au 22 octobre, jour anniversaire de l'événement, et sera limitée aux lycées, déclare le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos.
Annoncée par le président Nicolas Sarkozy le jour de son investiture en mai, la lecture de la dernière lettre envoyée par cet adolescent de 16 ans à ses parents juste avant son exécution sera accompagnée d'une information plus générale, par la distribution d'un fascicule.
Le document comportera des textes évoquant les résistants allemands au nazisme et la collaboration. La lecture sera suivie d'une "réflexion collective" en classe.
"Il ne s'agit pas de faire quelque chose de sottement cocardier et patriotique. Il s'agit de parler de la jeunesse insurgée contre la tyrannie, en général", a expliqué Xavier Darcos lors d'une conférence de presse sur la rentrée. Les élèves les plus jeunes ont été exclus de ce travail de mémoire jugé complexe à aborder par la missive de Guy Môquet.
Cette initiative de Nicolas Sarkozy avait été critiquée dans les milieux enseignants, où certains craignaient que la lecture ne réveille de vieux sentiments anti-allemands et se plaignaient d'être recrutés pour des tâches qui ne sont pas les leurs. Xavier Darcos a d'ailleurs rapporté qu'un enseignant lui avait dit : "Je suis professeur d'histoire pas de patriotisme".
Des personnalités, députés, sénateurs, anciens résistants ou déportés, mais aussi des sportifs célèbres, seront sollicitées pour lire aux lycéens, éventuellement en classe, la fameuse lettre de Guy Môquet qui commence par les mots : "Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé. Je vais mourir !".
Le ministre lui-même lira la lettre dans une école, a-t-il annoncé. Il voit cette journée comme un moment de "trêve collective", "le moment d'exprimer l'idée qu'on ne fonde pas une école sans un certain nombre de valeurs".
Le fascicule comprend un texte sur le groupe allemand de résistance appelé "La rose blanche", dont fit partie Sophie Scholl, qui a inspiré un film allemand à succès.
Une autre lettre fournie aux élèves rappelle la collaboration du régime de Vichy avec les Nazis. Un Italien, Guido Brancadoro, fusillé pour actes de résistance à 21 ans, écrit à ses parents : "Ce sont les Français qui me livrent, mais je crie 'vive la France', les Allemands qui m'exécutent et je crie 'vive le peuple allemand et l'Allemagne de demain'".

[Mise à jour du 31 août : Le texte du BO sur cette journée Guy Moquet est
à cette adresse là. Le dossier documentaire que l'on sera prié d'exploiter — en toute liberté, bien sûr — est à cette adresse là (11 textes et 15 pages]

Je vous encourage toujours à lire le texte "Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Giuy Môquet à mes élèves, sur le site
du cvuh, et aussi cet article sur les usages étatiques de la lettre de Guy Môquet.
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Un Rocard sinon rien !

* Encore un gauchiste au gouvernement et il va s'occuper de nous (en plus) !

Darcos sollicite Rocard sur la revalorisation du métier d'enseignant


Le ministre de l'Education Xavier Darcos a choisi de placer "sous la haute autorité" de l'ex-Premier ministre socialiste Michel Rocard le comité sur la revalorisation du métier d'enseignant, a annoncé mercredi le ministère, confirmant une information du site internet du Monde.
Ce comité sera présidé par le conseiller d'Etat Marcel Pochard, ancien directeur général de l'administration publique, sous la haute autorité de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, a précisé le ministère.
Le Monde.fr précise que M. Darcos devrait "commenter le symbole que constitue l'acceptation par M. Rocard de se porter caution de cette concertation promise par Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale" lors de sa conférence de presse de rentrée, mercredi.
Michel Rocard, 76 ans, député européen, a été le premier Premier ministre du second septennat de François Mitterrand, de 1988 à 1991.
La concertation sur le métier d'enseignant, promise par le candidat Nicolas Sarkozy, est le premier chantier qui attend en septembre Xavier Darcos. Elle doit aboutir d'ici Noël à
un Livre vert réunissant toutes les propositions formulées par les syndicats.
Cette concertation sera conduite par "
un comité composé de personnalités reconnues auquel les syndicats seront associés", avait précisé le ministère. Elle concernera tant les salaires que le temps de travail, l'entrée dans le métier, la mobilité ou la reconnaissance de la fonction. Une seconde phase de concertation s'ouvrira au début du printemps à partir des propositions du gouvernement (Livre blanc).
Les mesures qui en découleront seront mises en place à la
rentrée 2008.
D'après AFP.


* Il n'est pas sûr en tout cas que les
conclusions dudit Rocard proposent d'utiliser toujours plus lesTICE. Elles sont pourtant plus qu'à la mode dans l'E.N. Tout prof qui veut avoir une bonne note de son inspecteur pour espérer un jour passer au grand choix se doit d'utiliser l'ordinateur. Soit. Mais il semblerait que l'utilisation de l'ordinateur par les élèves n'a pas que des effets bénéfiques. Loin de là et c'est PISA qui nous le dit (sainte PISA, patronne des prospectivistes néo-libéraux de l'E.N.).

Voici un extrait du Telegraph en réaction à l'idée du gouvernement anglais de dépenser beaucoup d'argent pour acheter des ordinateurs pour l'école.

« Moins les élèves utilisent les ordinateurs à l'école et à la maison, mieux ils réussissent les tests internationaux de lecture, rédaction et mathématiques, indique aujourd’hui la plus grande étude réalisée sur ce sujet. Celle-ci soulève des interrogations quant à la décision du gouvernement, annoncée par Gordon Brown la semaine dernière, de dépenser encore £1.5 milliards pour des ordinateurs dans les écoles, en plus des £2.5 milliards déjà dépensés. M. Brown a dit : "L'enseignement et la révolution éducative ne peuvent se faire avec des tableaux noirs et de la craie, mais avec des ordinateurs et des cartables électroniques." Cependant, l'étude éditée par la Société Royale d’Economie indique : "En dépit des nombreuses réclamations de politiciens et de fournisseurs de logiciels, l'utilisation d'ordinateurs dans les écoles n’aide à l’évidence aucunement les élèves à acquérir les qualifications de base en mathématiques, en lecture ou en rédaction". Au contraire, plus les élèves utilisent l’ordinateur, plus leurs performances dans ces domaines sont mauvaises, ont indiqué Thomas Fuchs et Ludger Wossmann, de l'université de Munich. Les chercheurs ont analysé les comportements à l’école et à la maison de 100.000 adolescents de 15 ans dans 31 pays participant à l'étude Pisa. L'étude montre que plus les élèves ont accès à des ordinateurs à la maison, plus leurs résultats sont bas. De même, les élèves font moins bien dans les écoles généreusement équipées d’ordinateurs, où l'instruction automatisée a remplacé des formes plus efficaces d'enseignement. »

L'original est là


* Par contre,
une orientation est sans doute donnée par ces propos sinistres de ministre sur la série ES et qui laissent perplexes et certains s'en inquiètent. Heureusement que Paris Match est là, soit dit en passant :

Xavier Darcos : un ministre mal informé ou mal intentionné ?
 L’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (A.P.S.E.S.) s’étonne des propos tenus par Xavier Darcos dans un entretien accordé récemment à Paris Match (jeudi 23 août 2007). Selon le Ministre de l’Education Nationale, la filière E.S. serait « sans débouché évident » et attirerait « beaucoup d’élèves qui occupent ensuite de grands amphis mais se retrouvent avec des diplômes de droit, psychologie, sociologie... sans toujours un emploi à la clef ».
 Notre ministre méconnaît-il les études et statistiques produites par ses propres services ?
La déclaration de l'association est là.

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Au rapport !

Aussitôt présenté, aussitôt lu !
Le rapport du HCE est accéssible à tous directement sur le site du Mammouth, désormais

27 pages. Le premier qui en fait un rapport a gagné.
Et en voilà le sommaire.
ishot-1

En gros :
- beaucoup de constats ;
- on ose dire (enfin!) que le problème n'est pas que le collège (même unique) ;
- aucune proposition, ce qui laisse tout envisager
(surtout le pire car réacs et pédagos vont tirer la couverture chacun de leur côté).

Et surtout : rien sur la place de l'école et de la culture dans la société,ni de remise en cause de la société (mais là ...).

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Donnez-leurs tout de même leur laissez-passer quotidien

R e v a l o r i s a t i o n ... qu'en restera-t-il ?
Voila comment notre bon maître de l'école et son seigneur lige entendent flatter la classe enseignante.

Les grands moyens !


Notez bien également, le "sans difficulté" et le "rationaliser l'offre éducative".

Xavier Darcos veut "revaloriser" le métier de professeur
(selon AFP)

Le ministre de l'Education Xavier Darcos souhaite "revaloriser (le) métier" de professeur, estimant "par exemple anormal qu'un professeur doive payer pour aller dans un lieu de culture, un musée ou une bibliothèque", dans un entretien publié lundi par le quotidien Sud Ouest.
"Nous allons mettre en place
dans les jours qui viennent un groupe de travail pour améliorer leur situation, trouver un moyen de redonner de la dignité à la fonction, que les débuts de carrière soient plus faciles, et les salaires meilleurs", affirme le ministre.
"D'une manière générale, il faut revaloriser ce métier", ajoute-t-il.
"Les jeunes professeurs passent un concours difficile, se retrouvent parfois dans un univers hostile, tout cela pour 1,3 fois le Smic.
Il est légitime qu'ils soient mieux traités et respectés. Je trouve par exemple anormal qu'un professeur doive payer pour aller dans un lieu de culture, un musée ou une bibliothèque. Il lui faudrait une carte pour y entrer gratuitement", propose M. Darcos.
Revenant sur l'annonce de la suppression de 11.000 postes de fonctionnaires dans l'Education dans le budget 2008, le ministre estime que la question des postes "n'est pas la pierre angulaire de la réussite éducative".
"
Nous disons que l'on peut sans difficulté retirer 11.000 emplois d'un système qui en compte 1,2 million. (...) Nous voulons réformer le contenu et l'organisation scolaire pour avoir de meilleurs résultats, et non pour gagner des postes", explique-t-il. "Il s'agit de rationaliser notre offre éducative", dit-il.

Si ce n'est pas pour gagner des postes, il fait tout ça par plaisir alors non ? Non parce que ce n'est pas avec des postes en moins qu'il y aura de meilleurs résultats (si l'on parlait de redistribuer des postes encore on pourrait le croire, mais là...).

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