Dépièger le discours ministèriel

Alors que dans le primaire l'énervement et la mobilisation sont à leur apogée, alors que dans le secondaire la réforme des lycées commence à agiter même les plus mous (on attend encore les modalités horaires des enseignements généraux pour connaître le nombre de postes finalement supprimés) dans le supérieur cela s'anime sérieusement.
Face à la propagande gouvernementale une contre-offensive se met en place.


Chez les historiens-géographes , par exemple, il y a ébullition et production de textes de refus.

* Même si leur plateforme de mobilisation est bien molle (ils ne disent pas refuser totalement la réforme), certains exposent clairement (enfin!) les objectifs du ministère. Extraits du site http://appelcapeshg.blogspot.com/ :

Désossons le mammouth et mangeons-le !

Un train de réformes peut en cacher un autre. Et au milieu de la voie : l’école, le collège, le lycée, l’université… La campagne actuelle de suppressions de postes d’enseignants, les fermetures de classes, les bouleversements incessants des programmes et des parcours empêchent, malgré leur médiatisation, de bien mesurer ce qui se joue en ce moment même, dans l’œil du cyclone. La stratégie est claire : frapper en même temps, dans toutes les directions, dans toutes les disciplines, pour interdire toute réflexion d’ensemble, toute mobilisation commune. (...)

Mais alors, si cette réforme met à ce point en péril le niveau de compétences de nos futurs enseignants,
pourquoi l’université ne se mobilise-t-elle pas comme un seul homme contre ce projet ? Les actions sont nombreuses, même si elles ne sont pas toujours suffisamment visibles mais, suprême succès de la stratégie ministérielle, la crainte paralyse plus qu’elle ne libère : chaque université qui ne se lance pas à toutes forces dans la mise en œuvre de cette réforme (qu’on appelle dans le jargon la « mastérisation des enseignants »), risque de voir l’université voisine, plus prompte à soumettre sa copie au ministère, attirer ses étudiants. Or, on sait que, dans certaines disciplines, les concours d’enseignement sont le débouché majoritaire des étudiants.

C’est ainsi que, précipitées dans une course à l’échalote, les universités sont en train de devenir cannibales…


La finalité de la réforme actuelle ? Elle est clairement affichée dans le communiqué de presse du ministère de l’éducation nationale et disponible sur son site : «
passer dans le concours de recrutement de professeurs d’une logique de revalidation du niveau universitaire à une logique de recrutement conforme aux besoins de l’employeur ». Quels sont les besoins immédiats de « l’employeur éducation nationale » ? Former et éduquer mieux au bénéfice du plus grand nombre ? Ou bien rationaliser ses coûts de fonctionnement dans une logique purement comptable, au détriment du niveau de formation de ses enseignants et de leurs élèves ? Voilà une question de « connaissance de l’institution » qui pourrait être soumise prochainement à la sagacité des candidats à l’emploi de professeur…


ou encore :

« Le recrutement des enseignant-e-s va passer de bac plus 3 à bac plus 5 » c’est-à-dire d’un niveau licence à un niveau master. C’est l’information reprise par différents médias depuis plusieurs semaines. Grand progrès : deux ans d’étude en plus, deux ans de connaissances supplémentaires accumulées. Qui va s’en plaindre ? les futurs enseignant-e-s seront plus cultivés, mieux à même d’enseigner leurs disciplines. (...)
Le piège semble grossier, mais pourtant ça marche. Loi d’airain de la communication efficace : la simplicité du message. Le « plan com » du Ministère de l’Éducation Nationale fonctionne à merveille : laisser filtrer des informations, faire quelques annonces spectaculaires comme ballons d’essai, laisser s’installer la confusion entre ce qui relève de la rumeur et du propos officiel, chasser une « information » par une autre pour donner le tournis aux syndicats et aux médias, et surtout aller vite. N’émergent alors que quelques « vérités » simples, pleines d’apparent bon sens, et donc reprises d’autant plus facilement. C’est par ce biais que des contrevérités se diffusent peu à peu dans les esprits, validant ainsi un projet qui, selon nous, dégrade considérablement la formation des enseignants. Il permet aussi au gouvernement de faire des économies substantielles – ce n’est pas un détail, c’est même une finalité du projet – puisqu’à la différence des enseignant-e-s stagiaires, aujourd’hui rémunérés pendant leur année de formation, la plupart des futurs étudiant-e-s de master devront financer leurs études.



* Si les AG commencent à se multiplier toujours dans le supérieur, de nombreux Conseils d'administration refusent déjà d'entrer dans les processus de réforme. Petit montage vidéo (déjà) édifiant.

Silence, ça tourne