Le ministre nous brouille l'écoute

* Peut-on construire une politique (scolaire, entre autre) autrement que sur des évidences tapageuses et qui, qui plus est, n'en sont pas ?
Siouplait , m'sieur ?

En effet, le grand art du "tout le monde sait bien" a encore frappé et cette fois il y a un mort : le collège unique.

Parce que justement tout le monde sait bien (moi aussi je peux le dire) que ce n'est pas aussi simple, et que même ledit collège unique a bien rempli ses missions (on en parlait déjà là, belotte).

Rebelotte, on maintient : voilà aujourd'hui ce que disent deux chercheurs . tout d'abord N. Mons :

" Le collège unique souffre d’une image négative en France, les enseignants et parents pensent que les résultats seraient meilleurs dans un système qui présenterait des classes voire des filières scolairement plus homogènes. Or, c’est le contraire. Il y a désormais un quasi-consensus sur le sujet dans la recherche, et mon étude va dans ce sens. Ce sont les systèmes qui, dans l’enseignement obligatoire, mixent le plus possible les élèves de niveaux scolaires et de conditions sociales différents qui sont les plus efficaces… Les dispositifs qui tendent à raccourcir le tronc commun - par exemple en France le module Découverte professionnelle de 6 heures qui exclut du collège les élèves les plus faibles dès la fin de la 4ème -, ce type de dispositifs est contre-productif en termes de performances scolaires… Les systèmes précocement sélectifs ne sont pas associés à des élites numériquement plus nombreuses. L’école unique n’aboutit donc pas à un sacrifice des élites".

Et en plus il a eu bien du mérite nous dit Jean-Paul Delahaye :

"Malgré toutes les difficultés rencontrées, le collège a globalement atteint les objectifs qui lui étaient fixés" affirme . "Les enseignants de collège, les pionniers de 1975 comme les professeurs qui leur ont succédé, ont permis à un nombre sans cesse plus important d’élèves d’acquérir les connaissances et les compétences attendues dans le tronc commun de formation, alors même que les moyens étaient comptés au collège et que le contexte social dégradé rendait de plus en plus difficile l’action pédagogique en direction d’adolescents".

Merci à ces deux là d'apporter un autre son de cloches.
Voir leurs articles qui sont
là (celui de Mons) et là (celui de Delahaye).

Merci au Céfé pédagogique de publier ces deux interviews.

Enfin, Claude Lelièvre, historien de l’éducation, précise ce qui fait peut-être le fond de l'histoire (c'est sur Rue89) :
"Très tôt, on a tiré à vue sur le collège unique. A droite, pour deux raisons: parce que la tradition libérale veut que chacun reste à sa place et vive son destin –c’est de cet héritage que Nicolas Sarkozy est porteur–, ou par souci, plus conservateur, de permettre l’émergence de quelques bons élèves, y compris d’origine populaire, en faisant un système pour les méritants. Xavier Darcos appartient plutôt à cette deuxième école de pensée."

Alors que d'autres spécialistes (comme Agnes Van Zanten, sociologue spécialiste de l’éducation et des inégalités à l’Observatoire sociologique du changement ) disent clairement que :

Les systèmes scolaires qui sont organisés selon des logiques de filières sont très inégalitaires. Décider d’orienter encore davantage les élèves médiocres, soit-disant pour sauvegarder la scolarité des bons en sixième, est non seulement pas si efficace pour les bons, mais catastrophique pour les élèves en difficulté.

Malgrè tout, pour le dix de der, je crois que c'est mal parti...