Reculade ou pas de deux ?
La réforme des lycées et Bac Pro, la masterisation, 13500 suppressions de postes, et 3000 suppressions de RASED n'ont toujours pas été annulées
DERNIERE MINUTE - Les syndicats SNLC FO (Créteil - Versailles), SGEN CFDT (Créteil - Paris), SE UNSA (Paris), SUD Education (région parisienne), CNT Education (RP), SUNDEP (Créteil), CGT Educ'action (RP)…. Expriment leur soutien aux lycéens qui luttent pour défendre leur éducation. Ils appellent les personnels à accompagner et soutenir la manifestation lycéenne qui aura lieu jeudi 18 décembre à 14h au départ de Luxembourg. Plusieurs syndicats ont déposé des préavis de grève nationaux qui couvrent les personnels. Les organisations syndicales s'opposeront à toute forme de répression (administrative, policière, pénale) à l'encontre des jeunes qui défendent leur éducation.
* Les vraies raisons du retrait. Un vrai pas de deux cette reculade. Explication supplémentaire du pourquoi du comment Darcos a eu la bonne idée bien inspirée de retirer son projet. Pour vous faire une idée large de la question voyez d'urgence le Canard enchaîné du jour, toujours bien informé. Le Mammouth vous présente cependant une autre piste possible.
Le Mammouth Déchaîné - On a évoqué Bercy qui aurait hurlé à l'idée d'avoir à trouver des postes pour financer 1 heure 30 de Sciences éco pour tous en seconde. Possible. On a évoqué la Grèce. Sans aucun doute, le trouillomètre est à zéro.
Tous les acteurs confirment que depuis le début de la semaine dernière, l'atmosphère est plus que tendue au ministère alors que plus personne ne soutient la réforme. D'abord les élections n'ont pas été bonnes. La forte participation en soit est un aveu de soutien aux syndicats, les petits jeux du ministère sur les listes n'ont pas vraiment fonctionné (souvenez-vous), la grande stabilité des résultats ne satisfait personne mais n'arrange personne non plus, gouvernement comme syndicats malgré les déclarations de victoire de la plupart des organisations syndicales (même du SGEN). Ainsi lorsque de mardi à jeudi les représentants syndicaux vont en audience au ministère c'est la soupe à la grimace. Pourtant ce n'est pas de là que vient le problème, Darcos sait bien que après les élections, le SNES-FSU va de nouveau réintégrer les discussions, sous un prétexte ou un autre. C'est déjà ainsi que ce syndicat avait procédé en 2005 en pleine bataille contre les décrets De Robien.
La mise en scène et le déroulement des luttes de la semaine, elles, sont certainement un des points clés. Remarquons des analogies avec ce qu'avait été la mobilisation contre le CPE. Départ dans le Sud, puis contestation qui gagne le Nord, Paris, la Bretagne et finit par se généraliser. Rebelotte avec les Marseillais qui bloquent les lycées, idem du coté de Toulouse, puis de Brest. Les quotidiens régionaux publient des photos de toute cette jeunesse qui serait à feu et à sang, se profilent les images de la Grèce, mais cette fois-ci bien en France. Sarko s'angoisse (voir le Canard) de voir "tous ces jeunes qui brûlent les poubelles sans savoir pourquoi", ce qui au passage témoigne d'une grande analyse politique et de toute sa considération, merci.
Pour Darcos la communication habituelle ne fait plus son effet. Le discours sur les privilégiés de l'E.N. ne passe plus, ni celui du "on vous ment", ou du "vous êtes manipulé". Bref, impossible de trouver de l'Ultra gauche la dedans, il est pris à son propre piège pédagogique.
C'est d'autant plus regrettable qu'en coulisses la vie politique continue. Sarko prépare son remaniement, et travaille à l'éjection de certains. Et il n'est pas question de leur laisser le droit de fanfaronner à quelques semaines de leur disparition du gouvernement. Qui sont ces dangereux ? MAM entre autre qui pourrait prendre de l'importance en remettant de l'ordre dans tout ce bordel lycéen, ou au contraire tout mettre en l'air en "profitant" d'une bavure... Voici donc coupée l'herbe sous le pied de certains qui auraient pu bien en tirer parti. Les rivalités vont de bon train, les réformes, elles restent au passage à niveau.
Darcos, alone in the government ? Tout n'est cependant pas perdu pour Darcos. D'abord parce que c'est le bien aimé de Sarko (voir plus bas), et que celui-ci lui doit un soutien sans faille alors même qu'il était au plus bas dans les sondages. N'oublions pas qu'il était aussi du voyage aux Etats-Unis, d'où il a ramené l'idée révolutionnaire du "busing" (dispositif visant à favoriser la "mixité sociale" en scolarisant des élèves d'une école d'un quartier dit "difficile" dans un établissement du centre ville). D'accord il ne peut plus être premier ministre, mais, nous dit-on, dans le paysage politique gouvernemental futur qui est déjà bien en place, voici que notre ministre serait pourvu d'un super ministère de la culture, de l'enseignement secondaire, et plus si affinité.
Histoire de mettre peut-être un sous ministre à l'éducation qui soit un fusible supplémentaire. Tiens, on verrait bien un ami de Copé tenir ce rôle, maintenant que Devedjian est casé...
* EPEP différés. Après les lycées voici dont une des pierres d'achoppement du primaire un peu évacuée. Une info DNA.
DNA (Dernières nouvelles d'Alsace) - Regroupements d'écoles : proposition de loi différée
Le député alsacien Frédéric Reiss a annoncé hier que sa proposition de loi sur la création d'Établissements publics d'enseignement primaire (EPEP) visant à regrouper des écoles primaires, sera différée.
Depuis que les maires ont goûté aux difficultés d'application de la loi sur le service d'accueil minimum des élèves, les élus sont très sensibles, pour ne pas dire plus, aux réformes de l'Éducation nationale qui pourraient leur être imposées. Conséquence directe, la proposition de loi sur la création d'Établissement publics d'enseignement primaire (DNA du 9 décembre) qui devait être discutée en janvier devant l'Assemblée nationale « sera différée », a annoncé hier soir le rapporteur de ce texte.
* Propos de Sarko.
«Cette réforme des lycées, je la soutiens et elle se fera mais il faut prendre le temps de l’écoute et de la concertation» a déclaré Sarkozy lors d’une conférence de presse au Parlement européen.
«J’ai demandé à Xavier Darcos d’approfondir sa concertation pour que la réforme puisse se mettre en oeuvre dans les meilleures conditions (…) on prendra le temps nécessaire pour lever les malentendus et que cette réforme se fasse», a-t-il ajouté.
Le chef de l’Etat français a rendu hommage à Darcos, «un ministre de l’Education remarquable qui a, en dix-huit mois, un bilan de réformes sans précédent: il a réformé l’école primaire, supprimé les IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres), changé l’organisation du temps scolaire et proposé une réforme des lycées». «On va prendre le temps de l’écoute et de la concertation et je suivrai moi-même personnellement cette réforme», a ajouté Nicolas Sarkozy.
«Est-ce qu’elle sera en tout point conforme avec le projet actuellement sur la table ? (…) Non, parce qu’on va prendre le temps de l’écoute et de la concertation», a-t-il toutefois concédé. «Mon rôle, c’est de faire en sorte que les réformes se fassent en France, qu’elles se fassent avec un maximum de consensus», a insisté Sarkozy, évoquant pêle-mêle les réformes sur le travail du dimanche, l’audiovisuel public et les textes à venir sur le logement ou la réforme hospitalière.
"Approfondir sa concertation", jolie façon de dire les choses...