Performitude
28/04/07 08:31
Aujourd'hui beaucoup de choses. Ca tombe bien vous avez le temps pour les lire en ce long W.E. (et en plus certains fainéants de profs sont encore en vacances alors...). Des infos sous le signe de la rentabilité accrue pour l'EN.
*C'est en effet le cas dans les propos de Sarko, on s'y attendait, mais là les choses sont de plus en plus claires (surtout à la fin) :
Sur www.sarkozy.fr/lafrance/ on trouve :
10.Une école qui garantit la réussite de tous les élèves
Même si elle a de vraies qualités, la situation générale de notre école n’est plus acceptable. 20% de nos jeunes quittent l’école sans qualification, c’est-à-dire sans aucune perspective professionnelle et un avenir personnel très limité. Je ne peux m’y résoudre. Qui peut croire que ce qui était possible hier, apprendre à tous les enfants à lire, écrire, compter, et leur donner un bagage culturel leur permettant de vivre en hommes libres et en citoyens éclairés, ne l’est plus aujourd’hui? Quant au sort fait à nos enseignants, il est inadmissible : leurs rémunérations sont trop basses, les plus jeunes et les moins expérimentés sont envoyés devant les classes les plus difficiles,le respect qui leur dû n'est pas assuré ni parfois même leur sécurité.
Il est possible de changer l’école. Il faut d’abord que nos enseignants exercent leur métier dans de bonnes conditions. Ils sont la clé de la réussite de tous les élèves.Je souhaite que leur autorité et leur liberté pédagogique soient respectées,que leur formation initiale et continue soit assurée,et qu’ils aient la possibilité de travailler plus pour gagner plus.
Il faut ensuite que nous nous fixions le seul objectif acceptable:que tous les enfants sortent de l’école avec le bagage nécessaire pour réussir leur vie adulte.Dès qu’un enfant décroche,il devra recevoir un soutien individualisé.Je créerai des études dirigées dans tous les établissements pour que les enfants dont les parents le souhaitent puissent faire leurs devoirs à l’école avec l’aide d’une personne compétente.
Je ferai en sorte que l’école consacre plus de temps au sport et à la culture parce que je les crois essentiels à l’épanouissement des enfants et à la force de la société. L’école d’une grande nation doit faire lire de grands textes.
Enfin, tout en conservant le caractère national des programmes et des diplômes,je veux mettre plus de diversité dans l’école pour que l’intelligence de chaque enfant soit reconnue. Je donnerai plus d’autonomie aux établissements pour leur permettre de développer leur projet pédagogique spécifique et je donnerai aux familles la possibilité de choisir l’école de leurs enfants. Je remplacerai la carte scolaire par une obligation de mixité sociale, géographique et scolaire des effectifs, qui pèsera sur les établissements.
Dans le journal gratuit "20 minutes" du 16 avril, figure une interview de Nicolas Sarkozy. Entre autres sujets, il y parle de l'université et prend pour exemple de filière inutile, et qui ne devrait plus être prise en charge par les fonds publics, l'enseignement de la "littérature ancienne": "Le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1 000 étudiants pour deux postes. L'Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois que dans des filières où on a 5 000 étudiants pour 250 emplois. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes."
*Puis, un audit de mars, dont on a pas parlé il me semble, sur la conformité de la gestion de l'EN avec les règle de la LOLF. Là aussi, on est pas encore assez performant. Je vous rappelle que le système éducatif doit être géré par la performance en fonction des choix des décideurs et non en fonction des besoins sociaux. Morceaux choisis (copie de la page de synthèse)
Tout l'audit ici : http://www.audits.performance-publique.gouv.fr/performance/audit_ci.php?idref=56
1. Cadre de l’audit
La LOLF a confiéde nouvelles responsabilités aux académies qui désormais jouent un rôle pivot dans le pilotage de la masse salariale et le respect par le MENESR du plafond d’emplois. Se pose dès lors la question de l’articulation et de la convergence entre les outils traditionnels de gestion utilisés par l’éducation nationale, les nouveaux concepts introduits par la LOLFet la construction des indicateurs qui en sont la traduction concrète et accessible àtous. L’audit avait pour objectifs:
De procéder àune revue critique des dispositifs de pilotage existants, dans les différents territoires de l’académie dont elle appréciera la pertinence.
D’ identifier les facteurs susceptibles d’améliorer le pilotage de la performance àtous les niveaux: établissements, services académiques (rectorat et inspection d’académie) et administration centrale.
De faire des propositions tendant àaméliorer le dialogue de gestion entre ces différents niveaux, dans l’ensemble des domaines pédagogique, budgétaire, de gestion, en s’attachant en particulier àla gestion de la masse salariale et des emplois.
2. Constat
Le MENESR n’est pas encore en mesure de mettre pleinement en œuvre la LOLF
L’organisation budgétaire reste inachevée.
Les objectifs et indicateurs, qui restent trop nombreux, ne sont pas suffisamment orientés vers l’évaluation de la performance, et traduisent davantage les attentes de la sociétéque les priorités assignées aux responsables.
Le pilotage de la performance ne dispose pas des outils requis et n’est pas au centre du dialogue de gestion. Les informations sont abondantes mais ne permettent pas de construire le tableau de bord du système éducatif.
L’organisation de l’administration centrale et des académies ne répondent pas aux exigence d’un pilotage par la performance.
3. Recommandations
Organiser les responsabilités et les structures pour permettre une gestion dynamique de la performance :
Rendre plus transparente, complète et autonome la gestion des budgets par les académies.
Choisir des indicateurs utiles pour piloter le changement.
Organiser le contrôle et l’évaluation de la performance et structurer le dialogue de gestion.
Rénover le mode du management du système éducatif, notamment en affirmant la responsabilitéde la direction de programme et en organisant un échelon de proximitédans les académies pour la gestion de la performance.
4. Impacts attendus
Un pilotage du système éducatif par les objectifs et l’évaluation qui donnent de réelles marges d’autonomie aux établissements.
Une offre éducative plus adaptée aux besoins des élèves et plus équitable. Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche Le pilotage du système éducatif dans les académies àl’épreuve de la LOLF.
Le premier qui me dit que tout ça c'est nos impôts et qu'il faut mieux les gérer et qu'on a le droit de savoir ce qu'ils deviennent ...
... il aura le grand prix du JacKy d'honneur.
*Enfin, un commentaire-article d'un collègue (de langue) sur l'objectif du socle de connaissances (pour ceux qui en doutaient encore).
Des nouvelles de l’éducation nationale
L’éducation est un domaine de l’activité de l’Etat parmi d’autres, au demeurant coûteux et peu rentable en termes utilitaristes. On voit mal pourquoi elle échapperait aux orientations générales et cela n’a, du reste, jamais été le cas. Ces temps-ci, le modèle mis en avant par la rue de Grenelle est celui de la Finlande, tête de classe en matière d’éducation. A moins d’avoir été sur place voir de quoi il retourne ou d’avoir reçu des informations privilégiées, personne parmi le « petit personnel » de l’Education nationale, ne sait exactement ce qui se passe dans les écoles finlandaises mais on est, comme d’habitude, sommés de croire que c’est le nec plus ultra. C’est ce que disent les « experts », alors !
C’est aussi ce que les inspecteurs pédagogiques chargés de mettre en place le « socle commun de connaissances » essaient de nous vendre. J’ai récemment « subi » un de ces stages destinés à « révolutionner » (ce sont leurs propres termes) l’enseignement des langues vivantes.
On se souvient qu’en 2004, la Commission Thélot (à la suite d’une soi-disant consultation démocratique des enseignants et des parents d’élèves) a fixé les exigences définitives (et à minima) de l’ensemble du cursus scolaire : lire, écrire, compter, « maîtriser » une langue vivante (l’anglais) et l’outil informatique.
Je résume ici ce que j’ai personnellement compris de cette « révolution didactique » destinée à « moderniser » le Mammouth :
- Afin que l’enseignement ait un sens pour les « apprenants » (nouveau nom pour les élèves), il faut partir d’eux, de leurs goûts, de leurs intérêts, de leurs expériences et individualiser le plus possible ;
- Il ne faut leur donner que ce dont ils ont besoin (au lieu de leur faire ingurgiter des connaissances définies par des programmes) ;
- La méthode est dite « actionnelle » : c’est l’apprenant qui agit, en travaillant à la réalisation de « tâches » au cours desquelles il devra mettre en jeu un certain nombre de « compétences » (c’est là le sens de « l’élève au centre ») ; elle est aussi « interactive », d’où l’intérêt des « savoir-être » ; l’apprenant doit aussi être capable de s’auto-évaluer et d’évaluer ses co-apprenants ;
- L’enseignant (qui n’est plus « le sujet supposé savoir » et qui doit changer vite et en profondeur et sérieusement « travailler sur lui-même ») doit naviguer entre les groupes, « gérer » l’aide, mais cesser de tout contrôler. En amont, il devra beaucoup travailler, à l’aide des nouvelles technologies, pour récupérer du matériel adaptable aux « intérêts » de ses apprenants : chansons, publicités (très sollicitées), affiches, etc. : rien que de la culture, mais il ne faut pas avoir la main trop lourde avec la culture. Par contre, il faut introduire d’urgence la « culture du monde du travail » que l’école comprend si mal et enseigne si mal. Dans tous les cas, le rapport à la culture est purement utilitariste.
Bien que ni l’organisation scolaire (découpages horaires, groupes classes, hétérogénéité. etc.) ni le cadre d’évaluation (notes chiffrées, bulletins, examens, concours, etc. n’aient été, eux, « révolutionnés » (comme il semblerait logique de le faire mais sans doute encore trop dangereux politiquement), tous les élèves du secondaire devront obligatoirement atteindre le niveau A2 de compétences en langues vivantes à la sortie du collège. A2 correspond à un niveau actuel de fin de 5e et dans le socle commun au niveau « élémentaire ou de survie ». Il y a trop d’élèves en difficulté, mais il faut aussi réduire les coûts. Alors, c’est tout simple : on revoit les exigences à la baisse. De toutes façons, les 20 % « d’élite » dont on aura besoin pour gouverner les autres iront dans l’enseignement privé où on continuera à leur transmettre les savoirs indispensables à la compréhension du monde. Les autres peuvent bien rester « des cerveaux disponibles ». Le moyen privilégié par nos élites est la « pédagogie différenciée », qui a été le mot d’ordre lors de la « massification » mais inapplicable (si on tient à le faire correctement, bien sûr) dans les conditions qui nous sont faites.
Les compétences seront bien sûr « validées », on ne sait pas encore bien comment. Elles vont peu à peu remplacer les diplômes et déterminer « l’employabilité » des apprenants. A charge pour le salarié de « s’instruire tout au long de sa vie » (autre slogan au goût du jour) s’il désire augmenter ses compétences et son employabilité, il devra suivre un « parcours de compétences », être flexible et le plus souvent précaire.
Toutes ces transformations sont en cours depuis au moins dix ans. Ce qui est nouveau, c’est le discours de la hiérarchie : il est très clair que l’école et ses protagonistes doivent s’adapter très vite au monde économique, alpha et oméga de l’univers. « There is no alternative », comme le disait Mme Thatcher. L’école de papa, c’est fini ! Sous un emballage qui se veut libertaire et émancipateur, c’est le langage du capitalisme mondialisé triomphant ; les « cœurs de cible » sont les nouvelles générations d’enseignants et d’apprenants et on dit enfin tout haut ce qui se pratiquait tout bas depuis belle lurette : l’école est le lieu où se formate le producteur / consommateur de masse.
N.B. : Outre mon expérience personnelle, j’ai beaucoup lu les collègues et ceux qui ont alerté très tôt sur ce qui se tramait. Je pense à Tableau noir de Nico Hirtt et Gérard de Sélys, publié chez EPO en 1998, que je cite particulièrement parce qu’ils nous livrent des documents difficilement accessibles.
Ce texte est paru dans Echanges n° 120 (printemps 2007). www.mondialisme.org/article.php3?id_article=882
*C'est en effet le cas dans les propos de Sarko, on s'y attendait, mais là les choses sont de plus en plus claires (surtout à la fin) :
Sur www.sarkozy.fr/lafrance/ on trouve :
10.Une école qui garantit la réussite de tous les élèves
Même si elle a de vraies qualités, la situation générale de notre école n’est plus acceptable. 20% de nos jeunes quittent l’école sans qualification, c’est-à-dire sans aucune perspective professionnelle et un avenir personnel très limité. Je ne peux m’y résoudre. Qui peut croire que ce qui était possible hier, apprendre à tous les enfants à lire, écrire, compter, et leur donner un bagage culturel leur permettant de vivre en hommes libres et en citoyens éclairés, ne l’est plus aujourd’hui? Quant au sort fait à nos enseignants, il est inadmissible : leurs rémunérations sont trop basses, les plus jeunes et les moins expérimentés sont envoyés devant les classes les plus difficiles,le respect qui leur dû n'est pas assuré ni parfois même leur sécurité.
Il est possible de changer l’école. Il faut d’abord que nos enseignants exercent leur métier dans de bonnes conditions. Ils sont la clé de la réussite de tous les élèves.Je souhaite que leur autorité et leur liberté pédagogique soient respectées,que leur formation initiale et continue soit assurée,et qu’ils aient la possibilité de travailler plus pour gagner plus.
Il faut ensuite que nous nous fixions le seul objectif acceptable:que tous les enfants sortent de l’école avec le bagage nécessaire pour réussir leur vie adulte.Dès qu’un enfant décroche,il devra recevoir un soutien individualisé.Je créerai des études dirigées dans tous les établissements pour que les enfants dont les parents le souhaitent puissent faire leurs devoirs à l’école avec l’aide d’une personne compétente.
Je ferai en sorte que l’école consacre plus de temps au sport et à la culture parce que je les crois essentiels à l’épanouissement des enfants et à la force de la société. L’école d’une grande nation doit faire lire de grands textes.
Enfin, tout en conservant le caractère national des programmes et des diplômes,je veux mettre plus de diversité dans l’école pour que l’intelligence de chaque enfant soit reconnue. Je donnerai plus d’autonomie aux établissements pour leur permettre de développer leur projet pédagogique spécifique et je donnerai aux familles la possibilité de choisir l’école de leurs enfants. Je remplacerai la carte scolaire par une obligation de mixité sociale, géographique et scolaire des effectifs, qui pèsera sur les établissements.
Dans le journal gratuit "20 minutes" du 16 avril, figure une interview de Nicolas Sarkozy. Entre autres sujets, il y parle de l'université et prend pour exemple de filière inutile, et qui ne devrait plus être prise en charge par les fonds publics, l'enseignement de la "littérature ancienne": "Le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1 000 étudiants pour deux postes. L'Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois que dans des filières où on a 5 000 étudiants pour 250 emplois. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes."
*Puis, un audit de mars, dont on a pas parlé il me semble, sur la conformité de la gestion de l'EN avec les règle de la LOLF. Là aussi, on est pas encore assez performant. Je vous rappelle que le système éducatif doit être géré par la performance en fonction des choix des décideurs et non en fonction des besoins sociaux. Morceaux choisis (copie de la page de synthèse)
Tout l'audit ici : http://www.audits.performance-publique.gouv.fr/performance/audit_ci.php?idref=56
1. Cadre de l’audit
La LOLF a confiéde nouvelles responsabilités aux académies qui désormais jouent un rôle pivot dans le pilotage de la masse salariale et le respect par le MENESR du plafond d’emplois. Se pose dès lors la question de l’articulation et de la convergence entre les outils traditionnels de gestion utilisés par l’éducation nationale, les nouveaux concepts introduits par la LOLFet la construction des indicateurs qui en sont la traduction concrète et accessible àtous. L’audit avait pour objectifs:
De procéder àune revue critique des dispositifs de pilotage existants, dans les différents territoires de l’académie dont elle appréciera la pertinence.
D’ identifier les facteurs susceptibles d’améliorer le pilotage de la performance àtous les niveaux: établissements, services académiques (rectorat et inspection d’académie) et administration centrale.
De faire des propositions tendant àaméliorer le dialogue de gestion entre ces différents niveaux, dans l’ensemble des domaines pédagogique, budgétaire, de gestion, en s’attachant en particulier àla gestion de la masse salariale et des emplois.
2. Constat
Le MENESR n’est pas encore en mesure de mettre pleinement en œuvre la LOLF
L’organisation budgétaire reste inachevée.
Les objectifs et indicateurs, qui restent trop nombreux, ne sont pas suffisamment orientés vers l’évaluation de la performance, et traduisent davantage les attentes de la sociétéque les priorités assignées aux responsables.
Le pilotage de la performance ne dispose pas des outils requis et n’est pas au centre du dialogue de gestion. Les informations sont abondantes mais ne permettent pas de construire le tableau de bord du système éducatif.
L’organisation de l’administration centrale et des académies ne répondent pas aux exigence d’un pilotage par la performance.
3. Recommandations
Organiser les responsabilités et les structures pour permettre une gestion dynamique de la performance :
Rendre plus transparente, complète et autonome la gestion des budgets par les académies.
Choisir des indicateurs utiles pour piloter le changement.
Organiser le contrôle et l’évaluation de la performance et structurer le dialogue de gestion.
Rénover le mode du management du système éducatif, notamment en affirmant la responsabilitéde la direction de programme et en organisant un échelon de proximitédans les académies pour la gestion de la performance.
4. Impacts attendus
Un pilotage du système éducatif par les objectifs et l’évaluation qui donnent de réelles marges d’autonomie aux établissements.
Une offre éducative plus adaptée aux besoins des élèves et plus équitable. Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche Le pilotage du système éducatif dans les académies àl’épreuve de la LOLF.
Le premier qui me dit que tout ça c'est nos impôts et qu'il faut mieux les gérer et qu'on a le droit de savoir ce qu'ils deviennent ...
... il aura le grand prix du JacKy d'honneur.
*Enfin, un commentaire-article d'un collègue (de langue) sur l'objectif du socle de connaissances (pour ceux qui en doutaient encore).
Des nouvelles de l’éducation nationale
L’éducation est un domaine de l’activité de l’Etat parmi d’autres, au demeurant coûteux et peu rentable en termes utilitaristes. On voit mal pourquoi elle échapperait aux orientations générales et cela n’a, du reste, jamais été le cas. Ces temps-ci, le modèle mis en avant par la rue de Grenelle est celui de la Finlande, tête de classe en matière d’éducation. A moins d’avoir été sur place voir de quoi il retourne ou d’avoir reçu des informations privilégiées, personne parmi le « petit personnel » de l’Education nationale, ne sait exactement ce qui se passe dans les écoles finlandaises mais on est, comme d’habitude, sommés de croire que c’est le nec plus ultra. C’est ce que disent les « experts », alors !
C’est aussi ce que les inspecteurs pédagogiques chargés de mettre en place le « socle commun de connaissances » essaient de nous vendre. J’ai récemment « subi » un de ces stages destinés à « révolutionner » (ce sont leurs propres termes) l’enseignement des langues vivantes.
On se souvient qu’en 2004, la Commission Thélot (à la suite d’une soi-disant consultation démocratique des enseignants et des parents d’élèves) a fixé les exigences définitives (et à minima) de l’ensemble du cursus scolaire : lire, écrire, compter, « maîtriser » une langue vivante (l’anglais) et l’outil informatique.
Je résume ici ce que j’ai personnellement compris de cette « révolution didactique » destinée à « moderniser » le Mammouth :
- Afin que l’enseignement ait un sens pour les « apprenants » (nouveau nom pour les élèves), il faut partir d’eux, de leurs goûts, de leurs intérêts, de leurs expériences et individualiser le plus possible ;
- Il ne faut leur donner que ce dont ils ont besoin (au lieu de leur faire ingurgiter des connaissances définies par des programmes) ;
- La méthode est dite « actionnelle » : c’est l’apprenant qui agit, en travaillant à la réalisation de « tâches » au cours desquelles il devra mettre en jeu un certain nombre de « compétences » (c’est là le sens de « l’élève au centre ») ; elle est aussi « interactive », d’où l’intérêt des « savoir-être » ; l’apprenant doit aussi être capable de s’auto-évaluer et d’évaluer ses co-apprenants ;
- L’enseignant (qui n’est plus « le sujet supposé savoir » et qui doit changer vite et en profondeur et sérieusement « travailler sur lui-même ») doit naviguer entre les groupes, « gérer » l’aide, mais cesser de tout contrôler. En amont, il devra beaucoup travailler, à l’aide des nouvelles technologies, pour récupérer du matériel adaptable aux « intérêts » de ses apprenants : chansons, publicités (très sollicitées), affiches, etc. : rien que de la culture, mais il ne faut pas avoir la main trop lourde avec la culture. Par contre, il faut introduire d’urgence la « culture du monde du travail » que l’école comprend si mal et enseigne si mal. Dans tous les cas, le rapport à la culture est purement utilitariste.
Bien que ni l’organisation scolaire (découpages horaires, groupes classes, hétérogénéité. etc.) ni le cadre d’évaluation (notes chiffrées, bulletins, examens, concours, etc. n’aient été, eux, « révolutionnés » (comme il semblerait logique de le faire mais sans doute encore trop dangereux politiquement), tous les élèves du secondaire devront obligatoirement atteindre le niveau A2 de compétences en langues vivantes à la sortie du collège. A2 correspond à un niveau actuel de fin de 5e et dans le socle commun au niveau « élémentaire ou de survie ». Il y a trop d’élèves en difficulté, mais il faut aussi réduire les coûts. Alors, c’est tout simple : on revoit les exigences à la baisse. De toutes façons, les 20 % « d’élite » dont on aura besoin pour gouverner les autres iront dans l’enseignement privé où on continuera à leur transmettre les savoirs indispensables à la compréhension du monde. Les autres peuvent bien rester « des cerveaux disponibles ». Le moyen privilégié par nos élites est la « pédagogie différenciée », qui a été le mot d’ordre lors de la « massification » mais inapplicable (si on tient à le faire correctement, bien sûr) dans les conditions qui nous sont faites.
Les compétences seront bien sûr « validées », on ne sait pas encore bien comment. Elles vont peu à peu remplacer les diplômes et déterminer « l’employabilité » des apprenants. A charge pour le salarié de « s’instruire tout au long de sa vie » (autre slogan au goût du jour) s’il désire augmenter ses compétences et son employabilité, il devra suivre un « parcours de compétences », être flexible et le plus souvent précaire.
Toutes ces transformations sont en cours depuis au moins dix ans. Ce qui est nouveau, c’est le discours de la hiérarchie : il est très clair que l’école et ses protagonistes doivent s’adapter très vite au monde économique, alpha et oméga de l’univers. « There is no alternative », comme le disait Mme Thatcher. L’école de papa, c’est fini ! Sous un emballage qui se veut libertaire et émancipateur, c’est le langage du capitalisme mondialisé triomphant ; les « cœurs de cible » sont les nouvelles générations d’enseignants et d’apprenants et on dit enfin tout haut ce qui se pratiquait tout bas depuis belle lurette : l’école est le lieu où se formate le producteur / consommateur de masse.
N.B. : Outre mon expérience personnelle, j’ai beaucoup lu les collègues et ceux qui ont alerté très tôt sur ce qui se tramait. Je pense à Tableau noir de Nico Hirtt et Gérard de Sélys, publié chez EPO en 1998, que je cite particulièrement parce qu’ils nous livrent des documents difficilement accessibles.
Ce texte est paru dans Echanges n° 120 (printemps 2007). www.mondialisme.org/article.php3?id_article=882
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