Du fond de la trompe

Retrouvez régulièrement sur cette page les analyses que nous envoient nos correspondants très spéciaux.


FABLE SYNDICALE

Le Paon et l'Autruche.

Le Paon se trouva un jour
à dîner avec l'Autruche
pour parler des actions de basse-cour

- on dit, le Paon, que tu dépenses beaucoup en fanfreluches...
- serais-tu assez hardie pour les voir ? toi qui passes la plupart de ton temps
à l'abri du soleil, immobile et roide.
- comme cela, je garde la tête froide.

Pour impressionner l'Autruche , le Paon exécuta une superbe roue
de telle sorte qu'elle se sentît vilaine comme un pou.
Et pour couronner le tout
le Paon convia ses camarades au festin
si bien que l'Autruche comprît qu'elle n'aurait bientôt plus rien,
le Paon n'étant pas le seul coquin à croquer du grain.
Alors , elle attendit dans son trou que se repaissent les volatiles
sans oublier d'avoir quelques pensées subtiles autant que viles.
C'est ainsi qu'au sortir de leur sieste vespérale, le Paon et ses camarades
virent qu'ils avaient perdu leurs attributs virils.

- Vous m'avez prise pour une bite , leur dit l'Autruche, j'ai donc becqté vos mortes couilles !

L'ire du Paon fut terrible :

- Pauvre poule ! Je te ferai débusquer partout et par tous mes comités, nulle part tu ne pourras te cacher, jamais ne trouveras la paix !

- Bas les masques ! Ta roue est de soie mais tes paroles et tes pensées sont d'acier.
Je m'en vais par les bois et les prés,
cours après moi si tu peux m'attraper !


Moralité : rien ne sert de vouloir trop briller
quand il suffit de rester éveillé .


Professeur Mottro .

5 novembre 2014.


Valeurs « émancipatrices », culottes courtes et idées longues
Le difficile positionnement politique du SNALC


Alors que le SNALC se défend de toute allégeance politique, de droite comme de gauche, il pousse quand même un grand soupir de soulagement lorsque le FN, par la voix du collectif Racine, non seulement ne le cite pas, mais exprime toute sa sympathie pour Force ouvrière, syndicat honni qui lui chipe de nombreux syndiqués ; d'où ce communiqué très satisfait du SNALC en date du 2 avril 2014: [1]
"Le SNALC-FGAF a pris connaissance du communiqué du collectif Racine, affilié au Front National, dans lequel ce dernier apporte son soutien au syndicat Force Ouvrière. « Nous savons réfléchie et sincère l’opposition au projet ministériel affichée par le syndicat Force Ouvrière, auquel nous n’hésitons pas, conformément à ce que nous avions annoncé, à apporter notre soutien… », écrit Alain Avello, président du collectif, dans un texte repris sur le site officiel de son parti politique.
Le SNALC-FGAF tient à rappeler qu'il a été depuis trop longtemps la cible de rumeurs et de calomnies quant à son positionnement. Régulièrement qualifiée « de droite », voire « d'extrême droite », notre organisation a dû lutter pied à pied aussi bien dans les médias que dans les établissements scolaires pour pouvoir s'exprimer sans que ses propos soient immédiatement suspectés d'être nauséabonds, voire fascistes
."

Rumeurs? Calomnies?
Pas si simple, car le soupçon de « droitisme », voire « extrême droitisme » a justement été entretenu par la droite conservatrice elle-même, par exemple les partisans de l'enseignement catho (sous et hors contrat) qui n'hésitaient pas il y a encore peu (mars 2012) sur l'un de leurs principaux sites, « Enseignement et Liberté », à décerner un brevet de « fréquentabilité » à ce syndicat « allergique » au marxisme et à l'idéologie soixante-huitarde. [2]

Pasted Graphic

Capture d'écran du site enseignement et Liberté , mars 2012, pub pour le SNALC, le syndicat des professeurs « allergiques au marxisme »

Le sujet est donc particulièrement sensible pour le SNALC. Et si le syndicat précise qu'il défend "les collègues sans jamais [se] préoccuper de la couleur du bulletin qu'ils déposent dans l'urne les jours d'élections", il cherche quand même à faire le ménage chez ses militants en se purgeant des éléments les plus extrémistes lorsque ceux-ci se font trop voyants, par exemple lorsqu'ils occupent des responsabilités dans le syndicat tout en affichant leur appartenance au FN. Comme le remarque le président du SNALC, les idées d'extrême droite restent souvent tabou chez les enseignants... [3]

C'est ainsi, nous dit Le Monde [4], que « le 23 août, un représentant de ce syndicat [le SNALC] était présent à l'émission qualifiée de "fondatrice" du collectif Racine sur Radio Courtoisie. Il vient d'être démis de ses fonctions... Dans l'académie de Reims, un cadre avait été candidat à une élection sous l'étiquette FN.
"Il a quitté le parti, c'est la raison pour laquelle nous l'avons gardé", explique François Portzer [le président du SNALC].
Les syndicats sont sur les dents. Un des fondateurs de Racine a milité à FO, d'où vient le représentant du Snalc qui a dû faire ses valises.
 »

Ce n'est donc pas le SNALC qui serait trop à droite, mais simplement certains de ses adhérents ou responsables que le syndicat élimine sans pitié quand ils se font trop remarquer...

Le SNALC s'efforce d'ailleurs d'afficher une image « émancipatrice », ce qui n'est pas forcément facile.

C'est ainsi qu'après avoir dit « chiche » [5] à toutes les propositions de Sarkozy en 2007, après être allé en 2010 jusqu'à faire l'amalgame entre élèves difficiles et délinquance dans un communiqué où il considérait que « le seul point positif du discours présidentiel [était] constitué par l'annonce de la création d'établissements spécialisés pour élèves délinquants » [6], le SNALC a voulu donner de lui une image plus avenante et plus « jeune » ... et c'est dans le contexte ultra-sécuritaire et réac de la présidence Sarkozy, lorsque l'on voyait le gouvernement afficher sa volonté d'abaisser la majorité pénale, que le SNALC espérait « surprendre les organisations lycéennes par [ses] valeurs puissamment émancipatrices » !
Pour cela le SNALC s'est appuyé sur les propositions de Rodolphe Dumouch
[7] auxquelles il a donné bon accueil dans son journal: [8]
Offrir aux jeunes des « paliers » de « pré-majorité » comme contre-partie pour accompagner l'obligation qui leur serait faite d'être jugés et traités comme des adultes par le système judiciaire, quelle merveilleuse perspective « émancipatrice », en effet!

Mais fallait-il réellement s'attendre à surprendre les organisations lycéennes par les "valeurs puissamment émancipatrices" de quelqu'un qui suggère que les habitants des cités ne sont pas vraiment français (« La tolérance zéro, avec Sarkozy, elle est uniquement pour le petit français » [... ] « Les flics sont absents des cités »), sujet qu'il connaît bien puisque, dit-il, il « fréquente des centaines de jeunes (au vrai sens du mot, pas des racailles) qui ne savent même pas comment s'y prendre pour mettre le feu à une voiture. Je défends, pour eux et avec eux, un projet de pré-majorité pour les 14-18 ans. Comment peut-on être audible si, sans cesse, est ressorti cet amalgame !!! Allez hop! Centre Educatif Fermé, schlag, pain sec et répression sans pitié ! » [9]

Pas facile de montrer son « apolitisme » tout en faisant preuve de complaisance avec un militant qui prône par ailleurs ouvertement "la droite des valeurs" et "la gauche du travail" (le slogan d'Alain Soral qui se réclame du national socialisme) [10] et déclare que Dieudonné est un « génie politique » (tout en se faisant fort silencieux auprès de ses interlocuteurs sur les dérapages antisémites de son idole)... [11]

Pas facile non plus de se montrer proche des jeunes , même en se faisant le porte-voix d'un « vrai rebelle » qui portait au collège et au lycée « des culottes courtes à l'ancienne l'hiver pour provoquer les conformistes du jean » [12] et qui, en vieillissant (maturité politique aidant ? ...), se laisse séduire par la loi du Far west en affichant sur sa page facebook un lien de « soutien au bijoutier de Nice »...

Mais à force de vouloir créer la surprise à tout prix, c'est peut-être une partie de ses militants que le SNALC risque de surprendre le plus, d'autant que la parole droitiste s'y fait maintenant de plus en plus décomplexée: on a par exemple pu voir récemment un de ses membres les plus en vue,
le très médiatique Brighelli, œuvrer dans la presse nationale pour la dédiabolisation du Front National: il a ainsi déclaré dans Le Point à propos du programme du Collectif Racine affilié au parti d'extrême droite: "Il n'y a pas grand-chose dans ces propositions que je ne puisse contresigner"... et ce, sans entraîner la moindre réaction officielle du SNALC... [13]

Entre la posture apolitique et l'imposture politique, la frontière peut parfois sembler floue...


F.L. juin 2014


1. http://www.snalc.fr/national/article/647/
2. http://www.enseignementliberte.org/ La page de liens montrée sur la capture d'écran a désormais disparu du site. Le SNALC, qui s'efforçait déjà en 2012 de gommer son image « droitiste » avait au mois de janvier dérouté une partie de ses adhérents et sympathisants en se déclarant favorable à certaines des orientations du Front de gauche concernant l'école, et, même si le SNALC n'appelait évidemment pas à voter Mélenchon, beaucoup ne lui ont pas pardonné ce positionnement qu'ils jugeaient trop « rougeâtre » et « gauchiste » : Marianne, 14-20 janvier 2012, http://www.marianne.net/Le-Snalc-croit-plus-en-Melenchon-qu-en-Sarkozy_a214467.html
3. http://www.la-croix.com/Actualite/France/Comment-le-FN-veut-seduire-les-professeurs-2013-10-06-1034525 Le sujet est d'autant plus tabou au SNALC que, dans les années 90, le très groupusculaire "Mouvement pour un enseignement national" (MEN, l'ancêtre du collectif Racine) affilié au FN avait dans un de ses bulletins internes appelé ses militants à s'inscrire au SNALC. Source: http://www.liberation.fr/france/1996/01/03/le-fn-drague-les-socioprofessionnels-apres-son-succes-dans-la-police-il-prepare-son-entree-sur-la-sc_161298
4. http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/11/avec-le-collectif-racine-le-front-national-tente-d-attirer-a-lui-les-enseignants_3494122_3224.html
5. http://www.snalcreims.fr/COMMUNIQUES/Chiche.doc
6. Communiqué publié à la page 3 de ce journal du SNALC:
http://snalc.org/publications/quinzaine/QU1324.pdf )
7. Le Mammouth parlait de ces propositions ici :
http://le-mammouth-dechaine.fr/Ndj/files/e89a310ff7d6105baaab5f50f3c942cf-1030.html
8. page 13 de la "Quinzaine universitaire" (n°1329,13/11/2010),
http://snalc.org/publications/quinzaine/QU1329.pdf
9. http://www.lemonde.fr/rodolphe_dumouch/
10. http://blog.lefigaro.fr/education/2010/01/boursiers-un-debat-si-biaise.html
11. http://www.gaullistelibre.com/2014/01/de-dieudonne-de-manuel-valls-et-de-la.html
12. http://www.lemonde.fr/rodolphe_dumouch/
13. En revanche, les déclarations de Brighelli dans Le Point
http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/brighelli-et-si-le-diable-sauvait-l-ecole-04-06-2014-1831591_1886.php ont suscité une réaction officielle du collectif Racine, qui, sur son compte twitter https://twitter.com/CollectifRacine/status/474251838410461184 , se réjouit que "Brighelli exprime son envie de se tourner vers [lui]". Même si Brighelli a pris soin de nuancer un peu son propos qui, dit-il, "ne signifie pas qu'[il] approuve le reste des positions de ce parti, hors école", et même s'il n'est pas porte-parole officiel du SNALC, tout cela contribue néanmoins (et quoi qu'en dise le SNALC) à donner l'image d'un syndicat très ancré à droite où de nombreux militants seraient même, comme Brighelli, séduits par la prétendue transmutation républicaine du Front National. Sur cette prétendue transmutation républicaine et la dérive de Brighelli vers l'extrême droite, voir : "Le crétin, sa fabrique et ses racines" http://aggiornamento.hypotheses.org/2144


Métamorphose du FN !
(pour en finir une bonne fois pour toutes avec Marine Le Pen et Jean Paul Brighelli)


Marine fait la danse du ventre avec des plumes dans le cul entourée par un "collectif Racine" d'enseignants marinistes jouant les Go-Go danseurs, tandis que Brighelli applaudit frénétiquement le spectacle...

«
 Si désormais le FN est le seul à poser les bonnes questions et à avancer des réponses crédibles, dit Brighelli, ce n'est pas ma faute » (source)

Il faut rendre à César ce qui est à César et à Brighelli ce qui semble (mais semble seulement...) être à Marine, et savoir reconnaître le mérite et le talent où ils se trouvent : ce n'est pas la faute de Brighelli en effet, et en réalité, il y aurait plutôt lieu de le complimenter de la
métamorphose du FN qui se brighellise en lui empruntant "un certain nombre d'arguments dans son programme", d'où il résulte (comme le dit Brighelli avec son autosatisfaction coutumière) que « les constats du FN, repris par le "collectif Racine", sont à peu près tous corrects ».
Merveilleux, non?
Comment ne pas se féliciter d'une telle métamorphose brighellienne du parti d’extrême droite qui, désormais, tiendrait des propos à peu près intelligents sur l'école?

Mais si, comme le dit Brighelli, le FN, en pompant ses arguments, « se pare des plumes du paon en se faisant le chantre de l'école républicaine »,
notre maître à penser et donneur de leçons, lui, ferait bien de prendre garde à ne pas perdre trop de plumes, car à force de lui en piquer, Marine la femme à plumes pourrait bien le laisser à poil...

Pasted Graphic
Sirène, bas-relief attique, Daremberg et Saglio (1877)


Pour éviter une telle indécence, plutôt que de s'extasier et s'attarder longuement (dans un billet de plus de 1300 mots) sur la pertinence de ses arguments , sur l'intelligence politique du FN et du collectif Racine qui les ont repris à leur compte, sur la bêtise ou l'aveuglement du gouvernement qui méconnaît les bonnes solutions (les siennes), sur Fioraso, qui serait une « Pécresse moins l'intellect », etc.; Brighelli aurait sans doute été mieux inspiré de développer son analyse de la métamorphose du FN simplement évoquée dans une note de 3 lignes en bas de page:

Le FN, dit Brighelli, «
 se pare des plumes du paon en se faisant le chantre de l'école républicaine - jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que sous le plumage dont il s'habille, la volaille est déjà plumée, le chèque-éducation en place et le privé confessionnel aux commandes. »

Si le projet de Marine le Pen pour l'école se garde bien pour l'instant d'aborder le thème de l'école catho et s'il
relève du déguisement (qui sent quand même un peu la naphtaline) et des plumes de paon (voir ici) , le collectif Racine quant à lui ne cache pas sa sympathie pour le privé confessionnel, le modèle vers lequel il faut tendre et qui n'est pas concerné par la remise à plat du système:
« La cause nationale que représente le redressement de l’École, dit le collectif, exige [...] une réforme en profondeur du système, dans le respect des spécificités de l’enseignement privé sous contrat ou hors contrat ». (http://www.collectifracine.fr/?p=38)

Comment ne pas voir ici la proximité du FN et de l'UMP qui préconise maintenant le chèque éducation et fait les yeux doux à l'enseignement privé? Brighelli préfère disserter sur la singularité du FN...

Plutôt que de jouer les oiseaux de mauvais augure (déplumés en plus !) en suggérant que le
désespoir des profs pourrait les amener à se laisser stupidement séduire par une Marine le Pen transformée en sirène monstrueuse avec ses plumes de paon et son chant républicano-brighellien , plutôt que de soutenir que le FN est le dernier à défendre les idéaux de l'école de la République , sans doute aurait-il été plus judicieux de s'attacher à démontrer qu'il s'agit effectivement d'un faux-semblant et que les propositions du collectif Racine ne se distinguent guère en fait du prêt à penser de la droite tel qu'il s'exprime ordinairement à l'UMP et au think tank de la Fondapol.

Selon le collectif Racine en effet,

« l’orientation précoce [...] doit devenir la norme : il en va de la réussite de chacun selon ses capacités ».
http://www.collectifracine.fr/?p=38

Tout est dit : entre les filières d'apprentissage précoce pour ceux qui n'auraient pas d'autres capacités et celles à forte compétition où peuvent s’épanouir le mérite et l'élitisme républicain, quelle vision enchanteresse de l'école et quel avenir radieux pour la République avec son ascenseur social enfin retrouvé!

Vive la République !

FL, octobre 2013.

Bonus : Métamorphoses du FN :  Marine Le Pen rend visite à des malades en pleine chimiothérapie :

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Et la droite ? Ah, la droite...

UMP recherche maîtresse SM...

L'UMP a-t-il trouvé sa Maîtresse Sergent-Major pour toucher à ses convictions les plus intimes (sur l'école en général et l'éducation sexuelle en particulier) et se convertir au chèque-éducation ?
C'est ce qu'on peut penser tant les interventions des orateurs UMP lors du débat sur la loi d'orientation et de programmation sur l'école sont une resucée des thèses les plus réacs !
Et Maryline Baumard, journaliste spécialiste des questions d'éducation au Monde, ironise ainsi sur la médiocrité des débats à l'Assemblée (1).

"Ils sont quatre et jouent un peu les mousquetaires de l'école de droite. A eux seuls, ils ont fait vivre le débat sur la Refondation de notre système éducatif, mercredi après-midi à l'Assemblée nationale. A eux seuls, ils ont monopolisé une discussion sur l'école qui ne semble pas intéresser les autres députés puisque depuis trois jours les bancs restent désespérément clairsemés.
Si Benoist Apparu, député de la Marne, Frédéric Reiss et Patrick Hetzel, tous deux du Bas Rhin, étaient partis skier avec Xavier Breton, de l'Ain, plutôt que venus assurer une présence continue dans l'Hémicycle cette semaine, la pseudo discussion sur la loi d'orientation et de programmation sur l'école n'aurait tout simplement pas lieu! "

Et incontestablement , cela aurait été une perte inestimable pour l'Assemblée qui aurait été privée de précieux amendements visant à renouveler l'air vicié de l'école, amendements qui ont tous été inspirés d'un rapport du groupe de travail UMP intitulé « De l’Oxygène pour l’école » (2)

En résumé, il ressort dudit rapport , p 9, que pour sentir bon, une école doit être gérée comme une entreprise et doit avoir un vrai chef qui recrute et vire ses enseignants comme il veut, ce qui, en langue policée, se dit ainsi:
«  un vrai statut de directeur d’école doit permette de mettre en œuvre un projet d’établissement et une véritable gestion des ressources éducatives. Les enseignants qui choisissent d’enseigner au sein de l’établissement doivent adhérer au projet éducatif d’établissement ».
Les inspecteurs, naturellement, doivent aussi contribuer à une meilleure aération des lieux en se faisant supprimer au profit de cabinets d'audit privés :
«  Il faut revoir le rôle de l’inspection et séparer les fonctions de conseil et de contrôle que l’on donnerait à un organisme indépendant »

Et il faut bien sûr (p14) rétablir des « filières différentes mais égales adaptées aux spécificités des élèves ».

Si ces propositions UMP ne surprennent personne et correspondent à des demandes déjà amplement commentées en leur temps lors d'un précédent rapport du député Reiss sur les directeurs d'écoles , il est plus étonnant de voir l'UMP désormais acquis aux thèses curotines les plus ringardes de l'extrême droite catho, et il faut admettre qu'Anne Coffinier a sans doute su séduire particulièrement son auditoire lorsqu'elle a été auditionnée par le groupe de travail UMP en tant que dame-patronnesse des écoles privées hors contrat et directrice générale de la Fondation pour l'école .

Même si l'UMP, qui n'a sans doute pas encore perdu tout sens du ridicule, a finalement renoncé a mettre ses troupes en branle pour présenter un amendement en ce sens
(3), on découvre grâce à son oxygénant rapport que ce parti s'est maintenant converti aux demandes des intégristes cathos de supprimer l'éducation sexuelle à l'école, sujet suffisamment important pour qu'il en soit question à trois reprises dans le rapport :
« On oublie trop souvent que les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Ce principe figure dans tous les textes de droits nationaux ou internationaux. Réaffirmer ce principe suppose en premier lieu que l’école n’empiète pas sur le droit des parents. En matière d’éducation à la sexualité par exemple, qui touche aux convictions les plus intimes, l’intervention de l’État n’est pas légitime. » (p 13). (4)

Enfin, si le chèque-éducation et les écoles privées hors-contrat ne sont pas explicitement mentionnés par les orateurs UMP comme la panacée d'une grande refondation de l'école, on devine aisément que leur position sur ce sujet est très proche de celle d'A. Coffinier.

« Il s’agit également de tirer toutes les conséquences de ce principe en matière d’organisation scolaire et de garantir aux parents le droit, reconnu par notre Constitution, de choisir librement l’école de leurs enfants. » (p.13)

FL, mars 2013.


(1) http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2013/03/13/les-quatre-mousquetaires-de-lecole-de-droite-mobilisent-le-debat-a-lassemblee/

(2) http://www.jfpoisson.fr/wp-content/uploads/2013/03/Rapport-De-lOxyg%C3%A8ne-pour-lEcole.pdf

(3) http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/amendements_commissions/cedu/0653-04.pdf
ou encore http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2013/02/28/projet-de-loi-sur-lecole-plus-de-600-amendements-discutes/

(4) Pour rappel de la réglementation en vigueur et de la position très particulière de l'enseignement catholique sur l'éducation sexuelle, on peut se référer aux textes de C. Lelièvre
http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/050510/une-education-sexuelle-specifique-dans-lenseignement-catholique
et http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/110510/une-education-sexuelle-tres-orientee
Et pour un témoignage édifiant sur l'absence d'éducation sexuelle dans une école catholique hors contrat du centre de la France (quoique le lieu ne soit pas cité et qu'il soit sans doute facile à un lecteur attentif de deviner de quelle école il s'agit, il est charitable de le taire afin de ne pas ternir l'image d'une école qui n'a nul besoin de notre aide pour cela!), on pourra se référer au blog suivant :
http://ecoletradi.canalblog.com/
« L'éducation scolaire est basée sur les programmes du début XX siècle. Les livres ne sont jamais renouvelés (français) et ceux dont le contenu change (géographie par exemple) doivent être achetés par les parents. Le contenu y est alors passé au peigne fin, et les cours ne le suivent pas forcement. Au risque de me répéter, l'éducation morale est moyenâgeuse. L'exemple le plus impressionnant est l'éducation sexuelle qui est toujours inexistante... J'ai découvert bien tard que la femme n'avait pas les mêmes attributs sexuels que l'homme. Cela paraît incroyable, mais je savais pas comment les enfants viennent au monde, ni comment la maman voit si son enfant est un garçon ou une fille. Ma mère m'a répondu que c'était l'affaire des mamans ! Je crois que je l'ai appris vers 16 ou 17 ans... Et quand devenu majeur, j'ai insisté auprès de ma mère pour quelle ne reproduise pas les mêmes erreurs pour mon petit frère, elle m'a répondu qu'il apprendrait bien assez tôt le mal...No comment. C'est alors qu'elle m'a donné un petit livre traitant de ces choses, mais je n'en avais plus rien à apprendre. Livre que l'on donnait autrefois aux jeunes mariés... Mais aujourd’hui, je conseille à tous les amoureux de demander à leur partenaire s’il est tradi, et de quelle façon il vit sa religion, afin d'éviter des malentendus.
Je n'écris pas ici ma vie, pour faire ma psychothérapie, mais simplement pour illustrer la mentalité de beaucoup de familles tradis encouragées en cela par des gourous, exerçant leur influence à distance. »




L'école confessionnelle hors contrat,

base arrière de menées antirépublicaines
et fer de lance de l'intégrisme.



Le dernier Siné Mensuel de février 2013 consacre un article au premier lycée d'enseignement professionnel intégriste qui a ouvert ses portes en octobre 2012 à Châteauroux. Faisant suite à de nombreux articles parus dans la presse locale (notamment dans la Nouvelle République 1), le papier de Siné Mensuel, « Bac option intégriste », (Siné Mensuel n°17, février 2013, p.14) évoque l'opacité qui a entouré l'ouverture de l'établissement et les opérations immobilières qui l'ont rendu possible, et nous apprend que le tribunal administratif de Limoges, saisi par des écologistes, doit encore se prononcer sur la validité de la transaction...

Le prix d'acquisition des locaux et des terrains (26 hectares avec internat, gymnase et piscine) a en effet de quoi surprendre, puisque l'école catho privée Saint-Michel de Niherne qui a fondé le lycée Philibert Vrau sur l'ancienne base militaire désaffectée de La Martinerie n'a eu à débourser que 450 000 €, ce qui, comme le fait remarquer Siné Mensuel, équivaut à un prix moyen de 1,73 € le mètre carré contre 7 en moyenne dans la région. Cette somme paraît d'ailleurs d'autant plus dérisoire que grâce aux dons défiscalisés et aux niches fiscales des cathos, le coût réel de cette juteuse opération immobilière est évidemment beaucoup plus bas...

Acquérir 26 hectares de terrain avec locaux prêts ou quasiment prêts à l'emploi, et pouvant accueillir plusieurs centaines d'élèves... pour moins cher (après déductions fiscales) que beaucoup de maisons individuelles, et ce au prix de mécanismes financiers très discutables, cela peut faire désordre en période de crise et à l'heure même où l'on ferme des établissements publics (et des casernes) !

Site internet de la très réac Fraternité sacerdotale Saint-Pie X à laquelle est rattachée l'école Saint-Michel de Niherne, le portail intégriste de « la Porte Latine » se félicite naturellement de la situation et nous offre d'ailleurs une édifiante "visite guidée" du lycée Philibert Vrau avec plan des lieux, photos des ateliers, du théâtre, de la chapelle... et bien entendu appel aux dons et publicité pour la défiscalisation qui les accompagne (2)...

Tout en remerciant la « Providence » et la « bienveillance divine »,
les disciples de Monseigneur Lefèbvre y rendent un hommage appuyé aux pouvoirs publics qui se sont pieusement conformés à la « volonté du bon Dieu » et congratulent en particulier le Préfet de l'Indre et le Sénateur-maire (UMP) de Châteauroux pour le soutien qu'ils leur ont apporté, soutien d'autant plus choquant que les valeurs et motivations de certains protagonistes de l'affaire ne semblent pas très républicaines.

Car l'école Saint-Michel de Niherne s'est fait remarquer depuis plusieurs années pour des activités qui n'ont rien à voir avec l'éducation, mais beaucoup plus avec l'agitation politique et la remise en cause des valeurs de la République: elle a en effet à plusieurs reprises mis ses locaux à la disposition des fondamentalistes du mouvement Civitas, organisation qui fait figure de bras politique de la FSSPX et dont les manifestations, parfois violentes, ont défrayé la chronique ces derniers mois: c'est ainsi à l'école Saint-Michel de Niherne qu'ont été organisées les manifestations de Civitas contre des événements artistiques jugés blasphématoires comme le Piss Christ d'Avignon ou Golgota picnic à Paris, manifestations auxquelles des religieux de la FSSPX avaient aussi pris part.

Hostiles à la séparation de l’Église et de l’État, les fondamentalistes de Civitas prétendent en effet s'engager dans une « reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France » pour instaurer « la royauté sociale du Christ sur les nations, sur la France et les Français en particulier » et ils n'hésitent pas pour cela à occuper la rue et à donner dans l'agitation médiatique ; ils ne cachent pas non plus leurs ambitions politiques, en particulier pour les municipales de 2014 où ils voudraient créer des « îlots de chrétienté » (3), d'où l'intérêt pour eux de pouvoir s'appuyer sur des implantations locales comme les écoles religieuses et leurs réseaux..., phénomène d'autant plus inquiétant que la proximité entre cette mouvance catholique et l'extrême droite est bien connue, au point qu' « en janvier 2007, la 14e chambre du tribunal de Bruxelles a donné raison à l'association antiraciste Résistances.be qui avait employé les qualificatifs "néonazi", "antisémite" et même "nid de fascistes", pour désigner le groupe d'Alain Escada » (fondateur de Civitas), comme le signale une enquête du magazine chrétien La Vie (4).

Quant aux sympathies extrémistes de la FSSPX, elles sont connues depuis longtemps, sans qu'il soit besoin de s'étendre sur l'aide qu'elle avait jadis apportée à l'ancien milicien Paul Touvier dans sa cavale ou plus récemment sur les propos négationnistes de l'évêque Williamson...

Et tout cela dans une indifférence quasi générale, puisque après tout on n'en est pas encore arrivé à l'ouverture officielle d'options xénophobie, antisémitisme, islamophobie, et homophobie au bac !... même si des mouvements comme Civitas ont peut-être à ce sujet quelques remèdes à proposer...

«Nous voulons faciliter l’existence des écoles catholiques hors contrat avec l’État. L’éducation nationale ne propose pas une bonne vision de la société » source


1 NRCO, ou NRCO, ou NRCO, ou NRCO.
2 http://www.laportelatine.org/district/france/bo/lycee_professionnel_chateauroux120210/chateauroux120210.php
3 http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre/communes/Ch%C3%A2teauroux/n/Contenus/Articles/2012/02/09/La-mouvance-nationale-catholique-aux-municipales
4 http://www.lavie.fr/religion/foi-et-politique-l-ecole-extremiste-12-03-2009-21686_10.php


École et campagne 2012 :

quand libéraux et extrémistes tiennent le même discours...


Pour les libéraux, nul besoin d'emprunter aux extrémistes leurs thèses les plus réac sur l'école : l'idéologie libérale conduit les tenants du libéralisme économique aux mêmes visions cauchemardesques d'un apartheid scolaire. En témoignent les récentes propositions de la Fondapol pour tenter de peser sur la campagne électorale de 2012.

La Fondapol, un think tank libéral bon chic bon genre.

Fondapol comme « fondation (pour l'innovation) politique »...


Nul besoin de chercher à être original pour trouver un nom à une fondation politique et ce n'est certes pas l'imagination au pouvoir et le goût de l'innovation qui ont poussé des proches de Chirac, Balladur et Sarkozy à se lancer dans l'aventure de la Fondapol.
Créé en 2004 par Jérôme Monod et Nicolas Bazire (respectivement président d'honneur et président), ce club de réflexion qui se veut un « think tank libéral, progressiste et européen » est très proche de l'UMP qui participa directement à son financement la première année.

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Copie d'écran : La Fondapol, des libéraux qui adorent les financements publics
et le fundraising (les levées de fonds) à base de dons défiscalisés.


Si de nos jours la Fondapol (reconnue d'utilité publique) est financièrement indépendante de l'UMP et reçoit environ 80% de son financement de l’État (grâce à des subventions provenant du programme/action 129 du budget des services du Premier ministre) tout en bénéficiant par ailleurs de dons défiscalisés, elle continue à entretenir des liens étroits avec l'UMP ainsi qu'avec le MEDEF, le vice-président de la Fondapol, Charles Beigbeder étant justement un des principaux dirigeants du syndicat patronal qui fournit de nombreux conseillers à la fondation.

La fondation a ainsi des « contacts » tant dans les milieux politiques que dans la « société civile » et organise fréquemment des colloques, rencontres, débats, échanges, conférences... qui permettent d'entretenir de bonnes relations.
S'il n'est donc pas étonnant de rencontrer dans ces réunions, outre les ténors de la droite UMP (Chatel, Pécresse, Wauquiez, Bertrand...), quelques personnalités de la société civile venues s'essayer là à l'art du discours entre gens « de bonne compagnie », s'il n'est pas surprenant non plus de voir un Allègre (qui en son temps fut le seul ministre PS à être ovationné à la Chambre par des députés de droite) y prononcer des discours, il est peut-être plus surprenant d'y rencontrer quelques personnalités politiques de gauche qui n'ont sans doute pas su résister aux invitations qui leur étaient faites.

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Copie d'écran : Allègre prononçant un discours à la Fondapol.


Mais venir participer à des « exercices d'écoute et de réactions » est une proposition d'autant plus aguichante qu'elle peut parfois être un rien provoc' ! Et de là à y succomber... comme François Hollande en 2009 pour un échange dont le titre était : « Rêvons le capitalisme : les socialistes ont‐ils des idées ? »...

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Copie d'écran : Hollande en compagnie du politologue Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol.


Qu'on se rassure toutefois : malgré l'humour dont peuvent parfois faire preuve nos libéraux et ce côté « agitateurs d'idées » qui les caractérise , les membres de la Fondapol ne sont pas prêts quant à eux à rêver le socialisme ; ils en sont loin ! Et ils le prouvent dans leurs activités de lobbying.


La Fondapol, une fondation à la fois ultralibérale et ultra-réac

Disposant d'un bon carnet d'adresses et d'un solide réseau d'influence (en France et à l'étranger), la Fondapol peut prolonger ses activités de réflexion par des opérations de lobbying politique, telle la campagne qu'elle a récemment menée , par exemple, auprès des parlementaires et de plusieurs ministères, Charles Beigbeder n'hésitant pas à réclamer pour le MEDEF un droit de regard dans l'élaboration et le contenu des programmes scolaires , comme le rapporte Marianne dans un article du 7 septembre 2011 du blog de Slovar.

http://www.marianne2.fr/SlovarMarianne/Medef-Changer-les-manuels-scolaires-pour-transformer-les-patrons-en-super-heros_a324.html

Plus récemment, les propositions de la Fondapol pour la campagne électorale de 2012 ont jeté la consternation dans les établissements scolaires, un professionnel de l'éducation allant jusqu'à dire sur le site du Café pédagogique :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/09122011Accueil.aspx#systeme

« Le prêt à penser de droite vient de glisser à l'extrême droite. Fondapol, un thinktank qui inspire l'UMP, propose de créer deux systèmes éducatifs, celui des gueux et celui des gens bien. Et à l'intérieur des systèmes de rétablir la saine hiérarchie qui fait des professeurs les garde-chiourmes d'un côté, les valets de l'autre, de l'ordre bourgeois. Il fallait oser. Ils l'ont fait. Et cela va peser lourd sur la campagne électorale. »

Et de fait, les propositions de la Fondapol relèvent bien de l'apartheid social :
« D'un côté "l'école fondamentale", comprenez celle où l'on tente de transmettre le minimum de maths, français, EPS et d'obéissance dont les enfants de pauvres ont besoin pour rester pauvres. De l'autre la vraie école où Fondapol instaure la sélection permanente et où règne le principe d'autorité incarné par des chefs d'établissement tout puissants. La première s'arrête en 3ème pour les meilleurs. »

Toutefois, si cette conception de l'école peut s'apparenter à celle de l'extrême droite, c'est sans doute une erreur de parler ici de glissement à l'extrême droite, même si l'on connaît les liens historiques entre libéraux et extrémistes, de grandes figures du libéralisme français comme Madelin, Longuet, Devedjian ou Novelli ayant fait leurs classes chez les excités violents et réac d'Occident et du GUD.


La Fondapol d'ailleurs cherche à garder une image policée et a par exemple refusé en octobre 2010 une contribution du frontiste Yvan Blot (après de longs débats internes) en mettant en avant la nécessité de se préserver des discours populistes. En outre, certaines positions de la fondation sur le plan sociétal, la Fondapol étant par exemple favorable au mariage homosexuel, sont encore très mal acceptées à l'extrême droite (notamment l'extrême droite catholique).

En réalité, un certain « libéralisme » en matière morale n'est pas incompatible avec des positions par ailleurs très réac et les ultralibéraux nous montrent ici la conception de l'école qui est vraiment la leur : pour eux, l'école et l'enseignement relèvent du monde marchand (l'école, qui doit être gérée comme une entreprise, produit des cerveaux et des bras comme les usines produisent tel ou tel bien de consommation) , et il faut donc favoriser la concurrence et la sélection. Mais cette vision de l'école est-elle aussi partagée par le corps électoral que le croit la Fondapol ?
Le think tank UMP pourrait bien avoir fait là une erreur d'appréciation et de communication susceptible de nuire à son camp. La droite modérée aura du mal à se retrouver dans cette vision de l'école.

FL, le 21/12/2011.



Propos de ministre, propos de recteur, pollution auditive...

Claude Guéant ministre de l’Education nationale :
Enfin une politique éducative cohérente !



« … les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés », assénait, sûr de ses statistiques, le ministre de l’Intérieur le 23 mai 2011 sur l’antenne d’Europe 1 - cette « évidence » s’inscrivant dans la (déjà) longue suite d’inepties proférées par le personnage contre ces étrangers qui viennent manger le pain des Français. Les plus établies des statistiques ont beau mettre en évidence le solde économique largement positif de l’immigration (voir L’Etat de la France, La Découverte 2009) ; les plus documentées des études sociologiques sur la réussite et l’échec scolaires ont beau montrer que ce qui compte, dans ces résultats, ce n’est pas l’origine géographique des familles, mais la catégorie socio-professionnelle des parents (voir l’article de Lucie Delaporte qui montre qu’à catégorie sociale égale les enfants de parents immigrés réussissent un peu mieux que ceux de parents français, source), ces données vérifiées importent peu au ministre de l’Intérieur. Et pourquoi cela lui importerait-il ? Demande-t-on au premier flic de France autre chose que de taper, au figuré et au propre, sur les étrangers, pour mieux légitimer les quotas d’expulsion ?

Bref, si l’on peut comprendre que le ministre de la chasse au faciès n’ait pas à s’embarrasser de la vérité des faits et de la rigueur des raisonnements ; bref, s’il est en somme « 
normal » qu’il soit condamné à proférer des sottises à jet continu, ne doit-on pas attendre des plus hauts responsables de la gestion du système éducatif que sont les recteurs d’Académie un peu plus de sérieux dans leurs raisonnements, un peu plus d’honnêteté intellectuelle et d’objectivité scientifique dans leurs références chiffrées ? Un recteur d’Académie, n’est-ce pas d’abord un universitaire de haut niveau rompu à la critique, et peu enclin à colporter les fables que l’on se raconte au café du commerce ?

Répondant aux questions du bureau d’Orléans de
La Nouvelle République du Centre-Ouest du 17 juin 2011, page 7, Marie Reynier, Rectrice de l’Académie d’Orléans-Tours, dévoile (voir ici le Mammouth l’a déjà publié) ses ambitions pour cette Académie qu’elle dirige depuis le 13 avril 2011. Ses premières remarques sont pour épingler l’esprit routinier et peu innovant des enseignants qu’elle a désormais sous ses ordres. Cette appréciation peu flatteuse repose sur la seule observation que les 2/3 des enseignants sont en poste dans leur établissement depuis plus de 6 ans. De la part d’une universitaire au parcours scientifique hors pair (voir
http://www.ac-orleans-tours.fr/academie/recteur/) on aurait pu s’attendre à une démonstration un peu plus étayée... L’idée qu’elle se fait de l’innovation pédagogique ? « L’Education nationale est trop maternelle et pas assez paternelle pour donner quelques coups au derrière ! On doit pousser les jeunes pour qu’ils aillent plus loin, plus haut. » Donc, si on comprend bien, il faut les pousser à coups de pied au cul. Et déjà à ce stade de l’interview, on se dit que ça a bigrement l’air d’être du Claude Guéant.

Et la suite nous montre qu’en effet, le ministre de l’Intérieur est bien son maître à penser. A une question sur le niveau scolaire des élèves, elle répond : «
 Si on enlève des statistiques les enfants issus de l’immigration nos résultats ne sont pas si mauvais ni si différents de ceux des pays européens. Nous avons beaucoup d’enfants de l’immigration et devons reconnaître notre difficulté à les intégrer. Commençons par combattre l’illettrisme de leurs parents. »

La première chose que révèle cette phrase, c’est qu’il n’est pas besoin d’être une victime de l’illettrisme présumé de ses parents pour enfiler les âneries comme on enfile des perles. Dans ces quelques lignes, en effet, un esprit moyennement averti peut en relever au moins 4 :

1°/ Si Mme la Rectrice avait dit quelque chose comme : « si on enlève des résultats scolaires ceux des mauvais élèves, on aurait des statistiques bien meilleures », tout le monde aurait ri de ce trait d’humour au second degré – tout en reconnaissant la vérité incontestable d’une telle tautologie. Mais au lieu d’enfoncer une porte ouverte, Marie Reynier s’expose à parler sans savoir, car elle ne peut pas savoir.

2°/ Comment fait-elle pour enlever des statistiques les résultats des élèves « issus de l’immigration », dont elle nous dit, sans autre forme de démonstration, qu’il y en a « beaucoup » ? A partir que quand, et jusqu’à combien de générations est-on « issu de l’immigration » ? Et si on a des parents qui sont français, comment sait-on que l’on est « issu de l’immigration » ? Les statistiques de l’Education nationale font-elles la différence entre une famille qui serait française depuis Charlemagne, et une famille qui serait française par naturalisation ? Si l’Education nationale possède des fichiers aussi précis, nul doute qu’ils sont à la fois illégaux, et forts susceptibles d’être convoités par le ministère de l’Intérieur. Pour de futures dénaturalisations, ça peut aider…

3°/ A lire notre scientifique de haut vol présentement rectrice de l’Académie d’Orléans-Tours, les pays européens compteraient sensiblement moins d’immigrés que la France. Il est possible que même une rectrice ne sache pas tout. Mais quand on s’aventure es-qualité sur un terrain que l’on connaît mal, on se renseigne avant de l’ouvrir. N’importe quel manuel d’éducation civique de classe de seconde donne la proportion d’étrangers dans la plupart des pays d’Europe occidentale. Un manuel scolaire de classe de seconde, ça doit bien pouvoir se trouver au Rectorat, non ? Allemagne, Royaume-Uni, pays du Bénélux ont des taux de population étrangère comparables, voire supérieurs, à ceux de la France.

4°/ La raison de ces faibles résultats présumés, corrélés arbitrairement à l’origine géographique ? L’illettrisme des parents ! Solution : « Commençons par combattre l’illettrisme [des] parents. » Elle s’adresse à qui, Mme la Rectrice ? Aux enseignants ? A ces fonctionnaires routiniers et si peu innovants qu’ils n’ont pas encore compris que c’est aux parents qu’ils devraient dispenser leurs cours ? Et que dire de leurs syndicats, encroûtés dans leurs archaïsmes, qui trouveront à redire à cette belle idée : laissez tomber vos élèves, éduquez les parents !

Ce qu’il faudrait à Marie Reynier et à l’Académie d’Orléans-Tours pour améliorer les performances scolaires des élèves, c’est une police aux frontières enfin efficace, qui empêcherait vraiment d’entrer sur le territoire français toute personne « illettrée ».

Ce qu’il faudrait à Marie Reynier pour lui permettre d’optimiser les performances de l’Académie qu’elle dirige et de doubler sa prime, c’est d’enlever des classes les enfants issus de l’immigration, - et surtout les enfants des classes populaires, les enfants pauvres, en somme.

Quelque chose me dit que c’est bien à cette solution qu’elle pense, notre chantre de l’innovation décomplexée. En fin d’interview lui est posée la question suivante : « Etes-vous étonnée que l’enseignement privé refuse du monde ? »
Réponse :  « 
Ce qui m’étonne, c’est que, quand il y a grève dans une cantine privée, les parents s’organisent pour assurer la surveillance. Donc ils paient et s’impliquent davantage que dans le public. Comment faire pour susciter cette implication dans le public ? »

Mais vous donnez vous-même la solution, Mme la Rectrice : qu’ils paient ! Et que ceux qui ne peuvent pas payer dégagent ! Et qu’ils dégagent aussi, les profs qui sont là depuis plus de 6 ans ! Et qu’ils dégagent enfin, ceux qui n’ont pas de couilles, les trop maternels qui ont peur de flanquer des coups de pied aux fesses à leurs élèves !

Ce Claude Guéant femelle vaut bien la version mâle !

18 juin 2011
Chantal Beauchamp
Enseignante retraitée
agrégée d’histoire enseignante de 1976 à 2010 dans de multiples collèges et lycée du département d’Indre-et-Loire



Précarisation croissante. Mais les précaires aussi ont des droits.


Cogestion active ou digestion lente ?
Le sort fait aux précaires est de plus en plus difficile à avaler !


La médiatrice de l’Éducation Nationale a récemment remis son rapport pour l'année 2010, document dans lequel elle épingle le sort réservé aux personnels précaires. Et il y a de quoi !


Comme
indiqué sur le site du ministère à propos des avis émis à la page 105 de ce rapport , « le médiateur recommande notamment que soient versées aux non-titulaires les mêmes indemnités à service équivalent, les mêmes prestations sociales qu’aux titulaires et qu’il soit tenu compte de leur diplôme et de leur expérience professionnelle ».

Si ces recommandations de bon sens et de simple justice venaient à être appliquées (une véritable révolution à l'éducation nationale...), elles nécessiteraient sans doute quelques adaptations des textes réglementaires,
l'indemnité de sujétion spéciale de remplacement (ISSR), par exemple, étant pour l'instant réservée aux seuls titulaires.

Mais ce qu'ignorent les non-titulaires de l’Éducation Nationale, et ils seront sans doute heureux de l'apprendre,
c'est qu'un certain nombre d'entre eux peuvent d'ores et déjà prétendre au versement d'indemnités de déplacement (en particulier les maîtres auxiliaires) , et pas seulement pour les services partagés entre plusieurs établissements, mais pour tout remplacement dès lors que celui-ci a lieu en dehors de leur résidence administrative et de leur résidence personnelle, condition nécessaire (arrêté de rattachement administratif et arrêté d'affectation à l'appui) qui concerne quand même dans les faits quelques milliers de non-titulaires (tous n'ayant cependant pas de « rattachement administratif », notamment les vacataires et les contractuels les plus précaires).

Le remboursement de leurs frais de déplacement est en effet
expressément prévu par le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006, dans ses articles 2-1° et 8 ainsi que la circulaire du n° 2010-134 du 3-8-2010 dans son article 7.

Le « secret » a été bien gardé jusqu'ici !  Comme le montre un courrier du 8 février 2008 (voir notre document ci-dessous) adressé par le secrétaire général du ministère à un responsable syndical (le secrétaire général du SE-UNSA), cela fait même plusieurs années que le droit des contractuels et des maîtres auxiliaires à recevoir des indemnisations pour leurs frais de déplacement est connu.
Connu, certes, mais par quelques-uns seulement...
Et de là à être reconnu (et appliqué)...

(Mais nul n'est censé ignorer la loi ! Et si cela vous reste sur l'estomac, il faut de toutes façons savoir rester zen... L'énervement est très mauvais pour la digestion!)




FL le 12/06/2011



Retour sur des fermetures d’établissements scolaires (qui ont tendance à se multiplier...)


Violences scolaires:
une com' ministérielle qui fait le jeu de l'extrême droite ?


Le thème de la violence scolaire utilisé à des fins électoralistes, populistes et démagogiques? De plus en plus de professionnels l'expriment, journalistes, chercheurs, médecins, magistrats, enseignants... La presse nationale se montre encore bien timide pour s'en faire l'écho.


A propos de l'organisation les 2 et 3 mai 2011 d'assises nationales du harcèlement à l'école, le
Professeur Hubert Montagner, ancien Directeur de l'Unité Enfance inadaptée de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), déclare (1) :
« 
On ne s'y prendrait pas autrement si on voulait détourner l'attention de l'opinion publique de la situation réelle de l'école et des écoliers.
On ne s'y prendrait pas autrement si on voulait occulter les conséquences désastreuses des mesures imposées par le Ministère de l'Education Nationale depuis trois ans (
réduction du nombre de postes d'enseignants, extinction à terme des Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED), fermetures de classes, regroupement d'écoles, augmentation de l'effectif d'enfants par classe, pseudo-évaluations discriminantes, cursus de formation des enseignants «insensé», «rythmes scolaires» aberrants, alourdissement des journées scolaires avec le poids augmenté des apprentissages dits fondamentaux, aide personnalisée aux enfants en difficulté scolaire à des moments de moindre réceptivité et disponibilité...).[...]
La création d'un conseil scientifique sur le harcèlement à l'école (...) et l'organisation les 2 et 3 mai 2011 d'assises nationales du harcèlement à l'école, sont
des «arbres sécuritaires» qui masquent la forêt des problèmes des enfants, des familles, des enseignants, de l'école et de la société elle-même. »

Le discours sécuritaire voulu au plus haut niveau a eu pour effet, depuis 2007, de
renforcer l'extrême droite.(2)
Maintenant l'éducation est semble-t-il devenue domaine de prédilection pour développer ce discours sécuritaire.
Faire de l'école, par des généralisations abusives et en tous lieux, une zone de haute insécurité est l'occasion d'une nouvelle table ronde pour le chef de l'Etat. (3)
D'ailleurs le ministre Luc Chatel, comme le relate Rue89, va jusqu'à trahir un récent rapport de l'Observatoire international de la violence à l'école pour le compte de
l'Unicef. qui, sans faire l'impasse sur les faits de violence avérés, met en avant la satisfaction des élèves et des parents face à l'école. (4)

A nouveau, les risques sont encore un renforcement de l'extrême droite et des mouvements qui en sont proches! Tend à le démontrer, par exemple, l'aplomb avec lequel l'association SOS Education fait actuellement campagne pour dénoncer
la violence scolaire présentée comme un phénomène généralisé:
Comme le signale Touteduc (5),
SOS Education n'hésite pas en effet à mettre en ligne un projet de décret "prêt à l'emploi" que le ministre n'aurait plus qu'à signer tel quel, décret qui est présenté exactement « comme il pourrait l'être s'il était publié au Journal officiel, ce qui donne à penser qu'il a été rédigé par les services du ministère. Le style en est d'ailleurs parfaitement imité! » (6)

Et de fait, certains députés s'y sont semble-t-il laissés prendre, tel le député UMP de Haute-Saône qui a demandé à Luc Chatel la date de parution du texte au Journal Officiel!... (7)

Les manipulations de l'opinion publique et des parlementaires ont encore de beaux jours devant elles...


1. http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/190411/harcelement-lecole-des-generalisations-hatives

2. http://www.courrierinternational.com/article/2011/04/22/patrick-buisson-l-ancien-lepeniste-qui-pourrait-faire-perdre-sarkozy

http://www.liberation.fr/societe/01012334158-2010-l-annee-ou-sarkozy-defigura-la-republique

http://www.20minutes.fr/article/714783/societe-la-ldh-fait-bilan-noir-presidence-sarkozy-

3. http://www.humanite.fr/15_04_2011-sarkozy-veut-%C2%AB-une-%C3%A9ducation-nationale-%C3%A0-la-carte-%C2%BB-470280

4. http://www.rue89.com/2011/04/04/violence-a-lecole-luc-chatel-trahit-un-rapport-encourageant-198363

On est loin de l'image souvent véhiculée dans les médias d'une école qui, du fait de violences généralisées, ne serait plus que l'ombre d'une école ; le rapport souligne qu'il est « en tout cas périlleux de parler d'un effondrement de l'école élémentaire quand sont affirmés aussi fortement le bien-être de près de neuf élèves sur dix et la qualité de leurs relations aux enseignants. » Le rapport n'ignore pas pour autant les violences dont se plaignent 11% des écoliers, mais privilégie des mesures de prévention à long terme et une politique qui ne soit pas « soumise à un calendrier électoral. », préconisations qui semblent peu compatibles avec les effets d'annonce actuels du ministère...

Cela dit, les objections formulées par Hubert Montagner à propos de ce rapport font peser un sérieux doute sur quelques-unes de ses conclusions : certains éléments de l'étude (en particulier le phénomène du harcèlement) mériteraient sans doute d'être mieux établis et définis au point de vue scientifique pour emporter pleinement l'adhésion, d'autant que l'analyse des conduites violentes (qui ne sauraient évidemment toutes relever du harcèlement),, ne peut être conduite uniquement dans le milieu scolaire.

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/190411/harcelement-lecole-des-generalisations-hatives
5. http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=3573
6. Le texte du "décret" peut être consulté en ligne ici :
http://soseducation.files.wordpress.com/2011/04/h113_decret_a4_2p_mail.pdf
Il est à noter que des sites catholiques proches des traditionalistes, comme Chrétienté Info, font aussi de la publicité pour ce "décret".
7. Le texte de la question écrite du député UMP Michel Raison peut être consulté ici :
http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-105551QE.htm
Le député souhaite la mise en place de « sanctions automatiques », ce qui selon lui « rassurerait les professeurs et les parents d'élèves ».


Fermeture de 5 collèges dans un département : qui dit mieux ?

A la veille des élections cantonales, voici une affaire lancée à la hussarde qui risque bien de couter cher à la présidente du Conseil général de l’Indre-et-Loire : comment fermer cinq à six collèges pour effectuer des “économies d’échelle” et être à la fois populaire pour assurer sa réélection à la tête de la collectivité locale ?

Pas simple, d’autant plus que la communication a été particulièrement mal gérée par Claude Roiron, présidente à fort caractère du Conseil général 37.

L’affaire a été lancée par la présidente elle-même au début du mois de juin dernier, et fut largement relayée par la
presse locale et nous nous en étions fait écho. Il a fallu peu de temps pour qu’elle ne débouche sur la mobilisation des forces syndicales (et politiques) et des associations de parents d’élèves (FCPE 37) puis sur la création d’un certain nombre de collectifs pour la défense et le maintien de l’offre d’éducation dans le département. Bref en quelques mois, des parents aux enseignants (et à l’opposition départementale qui n’en demandait pas tant) l’émoi a régulièrement grossi et amené la présidente de reculade en reculade, à l’étouffement de l’affaire et a son renvoi aux calendes grecques qui en Touraine seront situées après les cantonales. L’affaire est donc loin d’être close, et à gauche -au parti socialiste- on est au bord de l’implosion.

Réaliser des économies d’échelle
L’objet du différend est donc la prévision de fermeture de cinq à six collèges dans le département à l’horizon 2014.
Une paille, donc.

Pour “réaliser des économies d’échelle”, équipe dirigeante du Conseil général a commandé un rapport à un inspecteur général (André Hussenet,
le rapport est là), rapport tendant à montrer :

1/ que l’on a
inexorablement une réduction du nombre d’élèves (le rapport évoque - p. 9- une baisse de 6 % depuis 1990, soit l’équivalent de trois collèges, mais ne tient pas compte de la remontée de la fécondité depuis 2000).

2/ que les
collèges du département sont sous utilisés (35 000 places pour 22 000 élèves), que par conséquent il fallait poser le problème du “coût” d’un collégien ( souvent plus de 1000 € pour les collèges de moins de 200 élèves, moins de 700 € pour ceux de plus de 600 élèves et parfois moins 500 € dans les collèges “400”) et qu’avec le désengagement de l’Etat il devient difficile de maintenir ces dépenses à la même hauteur.

3/ que les
petits collèges sont justement d’une efficacité scolaire douteuse, les résultats étant moins bons que dans les collèges “400” (élèves), collèges “400” qui devaient la panacée pédagogique.

4/ que
les petits collèges urbains en particulier sont des ghettos, abandonnés par la classe moyenne au profit du secteur privé.

5/ qu’il y a enfin des manques dans le département, ce qui pose la question de la construction d’un nouvel établissement.

Si l’on ajoute à ce dernier point la nécessaire reconstruction d’un, voire deux, autres établissements dans le département, l’arrivée en fin de vie du Plan pluriannuel d’investissements (PPI) du Conseil général et par conséquent la nécessité de fixer les investissements pour 2011-2014, toutes les conditions sont donc bien réunies pour remettre à plat le dossier “collèges”.

Ainsi les premières annonces ont été fracassantes :
cinq à six fermetures (et peut-être même plus à terme), réduction à un collège par canton rural (fermeture immédiate du collège de Nouâtre dans le sud du département), fermeture de collèges dits “ghettos” au nom d’une politique de mixité sociale, en particuliers dans les banlieues de Tours (Saint-Pierre-des-Corps, Joué-les-Tours) et fermeture immédiate (rentrée 2011) d’un autre en plein centre de la ville, dans le quartier le plus défavorisé de la ville, avec 100 % de logements sociaux (Le Sanitas, 9000 habitants).


Un argumentaire de poids...

Il va sans dire que les
implications sont fortes, d’autant plus que la plupart des établissements sont d’anciens collèges ZEP, au coeur de quartiers complexes.

Dans les cantons ruraux, il en va du désengagement accru des services publics ; pour les familles concernées par ces fermetures, et qui ne sont pas les plus favorisées du département loin de là, cela signifie multiplier les déplacements et les frais annexes ; à Tours, Joué où Saint-Pierre-des-Corps,
il faudra rassembler trois établissements dans deux d’ou un impact aussi sur les collèges non touchés (augmentation du nombre d’élèves par classe).

Mais c’est l’argumentaire employé par le Conseil général qui reste à vrai dire le plus en travers de la gorge et en particulier celui lié à la
politique de lutte contre la ghettoisation, qui fait de la fermeture d’un établissement un de ses outils majeurs. Ainsi fermer brutalement le collège Pasteur (au sein du Sanitas à Tours) permettrait, selon B. Mariotte, conseiller général en charge des collèges, aux enfants défavorisés du quartier d’aller se confronter à la mixité sociale dans les établissements d’autres quartiers (propos tenu sur TVTours).

Il va sans dire également que les considérations sur le niveau scolaires des élèves, contenues dans la rapport “Hussenet”, n’ont guère tenue à l’analyse. Le collectif “
Pour le maintien de trois collèges à Saint-Pierre-des-corps” (collectif de parents, enseignants, syndicats, associations de parents d’élèves) a ainsi montré que au contraire pour les enfants de populations défavorisées les petites structures sont les plus performantes en terme de résultats scolaires et que ce qui compte avant tout pour interpréter les résultats des établissements (gros ou petits) est le milieu social des parents. Critère que, comme par hasard, ne prend pas en compte le rapport de l’inspecteur Hussenet.

Ironie du sort, la droite au pouvoir, il y a une demi douzaine d’années avait eu déjà les mêmes ambitions... combattues par une opposition désormais au pouvoir. Et voici que maintenant un Conseil général géré par les socialistes se trouve non seulement à reprendre les idées de la droite, mais surtout à accompagner une politique de réduction des services publics menée par l’Etat. Pire même puisqu’il s’agit d’en profiter et s’en servir d’excuse.

Et il faut dire que la présidente du Conseil général a toujours été soucieuse des collèges, de l’Education nationale en général (dont elle fait partie) et du bon emploi des deniers publics au sein de cette institution (voir la vidéo France3).


Elle sait également bien tirer son épingle du jeu lorsqu’il s’agit de préparer l’émection :
pas question ainsi de fermer un des “petits” collèges de son canton, curieusement absent du débat. “De toute façon je fermerai les collèges, toutes les études que j’ai commandé me donnent raison” aime-t-elle a asséner aux quelques parents qui arrivent à l’apostropher (ici : http://gynepolitains.superforum.fr/t1552-collectif-pour-le-maintien-des-3-colleges-sur-spdc ).

De mal en pis...

Manifestations, pétitions, lettres de parents, communiqués de presse, Claude Roiron a eut à subir depuis juin 2010 un ensemble de pressions qui la mettent aujourd’hui dans une position délicate, en rupture même avec une partie de sa majorité socialiste ce qui assure une ambiance délétère au sein du Conseil général, où seuls quelques proches sont associés aux décisions.

Fin septembre, premier rebondissement : alors qu’une centaine de parents et enseignants sont mobilisés devant les portes du Conseil général, la présidente est dans l’impossibilité de faire voter la fermeture de deux premiers établissements pour la rentrée 2011 (collèges P. Baudry de Nouâtre et Pasteur de Tours) en raison de la désertion des troupes socialistes avant le vote et d’un incident de séance de l’opposition. En séance extraordinaire, elle dit alors reporter la question de toutes les fermetures jusqu’à 2014 à la présentation du PPI en décembre. Second rebondissement.

Décembre venu, troisième rebondissement, plus de 200 millions d’€ sur 6 ans sont annoncés pour les collèges. Voici de quoi réconforter et assurer sa campagne électorale, mais la présidente est incapable de présenter le détail des investissements laissant planer le doute. D’autant plus que B. Mariotte affirme en pleine séance du conseil général (22 décembre) :

"on a des ambitions pour les collèges, y compris la fermeture de collèges qui est une ambition,  vous [la droite] n'avez jamais eu le courage de le faire et vous savez très bien qu'il fallait le faire" [et oublie au passage les plans de la droite dans la mandature précédente, contre lesquels toute la gauche s’était mobilisée]

Ou encore insiste lourdement en se demandant
s’il était normal de maintenir des collèges qui n’ont pas de réussite scolaire ? (écouter le son )

Les cantonales approchent et il devient de plus en plus difficile de ne pas envisager les conséquences électorales de ce plan de fermetures qui est désormais non annoncé mais plus probable que jamais.
D’autant plus qu’au sein du marigot socialiste local l’affrontement avec le maire de Tours (J. Germain) est sur la voie publique (notamment pour le choix des futurs candidats, “une affaire déplorable” dit-elle même dans la presse). Voilà peut-être de quoi au moins valoir à Claude Roiron sa place de présidente en avril prochain...


Ryanair ou les collèges, cruel dilemme

L’affaire des fermetures aurait pu encore s’entendre si le budget du conseil général avait été aux abois. Les 200 millions annoncés (à la surprise de tous, y compris du conseiller général de la majorité en charge des finances) montrent qu’il n’en est rien et que tout faire reporter sur le désengagement de l’Etat est un argument un peu court. Comme l’aime à rappeler d’ailleurs la présidente, le CG37 est le premier investisseur dans le département et de loin.

Il s’avère en effet que le CG 37 fait des choix politiques qui lui coûtent cher, comme celui de subventionner Ryanair qui relie la ville aux aéroports londonien et portugais avec les vertus sociales que l’on connait... 800 000 € par an de subvention, soit le coût estimé du fonctionnement de ... trois collèges moyens.

Au jour d’aujourd’hui, il n’est plus possible de décider d’éventuelles fermetures de collèges pour la rentrée 2011, faute de temps. Il n’en est pas de même pour la rentrée 2012. La ténacité de la présidente ne semble pas entamée. Le 21 janvier prochain aura lieu la présentation et le vote du budget au Conseil général de l’Indre-et-Loire.

On attend un nouveau rebondissement qui nous emmènera sans aucun doute vers des temps plus calmes ...
après les élections.
DR, 18/01/2011.




On ne manque pas d’imagination dans un certain milieu pour avoir la peau du secteur public. Petit bilan de fin d’année (ou de début de nouvelle année, à vous de choisir)


Écoles privées:
la mode est aux fondations pieuses... et le système est bien charpenté!


Tandis que les principes fondateurs de la République sont mis à rude épreuve et que les services publics, étranglés, sont sommés de faire des économies au nom de la crise, de la RGPP et de la réduction des déficits publics, les écoles privées (catholiques le plus souvent) cherchent quant à elles à bâtir sur de solides (et florissantes) fondations...grâce à des niches fiscales créées à cet effet avec la bienveillante complicité des pouvoirs publics ... et alors que certains voient un très bel avenir à ces fondations (y compris dans le public (0)).



Une offensive de plus en plus décomplexée et agressive:
Depuis la création de la Fondation Saint-Matthieu et de la Fondation pour l'école (1), toutes deux destinées au financement des écoles privées (sous contrat pour la première et hors contrat pour la seconde), nous avons la confirmation que, s'appuyant sur tout un réseau d'associations (2) ("apolitiques", mais idéologiquement très marquées à droite), une offensive de plus en plus ouvertement agressive se met actuellement en place contre l'école publique.


Car avec le temps, la droite est devenue décomplexée et l'heure n'en est plus à se contenter des petites associations militantes d'antan. Si celles-ci gardent encore toute leur importance pour essayer de toucher un large public dans tout le pays, la mode est désormais aux fondations et le rêve de leurs dirigeants est de transformer leurs petites associations en « fondations » aptes à recevoir les legs, donations, transmissions de l'ISF conformément aux dispositions de la loi TEPA... Reconnues « d'utilité publique », les fondations permettent de bénéficier de dons défiscalisés et de faire ainsi supporter aux contribuables la plus grande partie de l'effort financier nécessaire à leur fonctionnement ; cette reconnaissance d'utilité publique permet aussi de conférer une légitimité particulière à ces organisations, ce qui est bien utile lorsque celles-ci souhaitent se spécialiser dans la levée de fonds: c'est ainsi que depuis sa déclaration d'utilité publique, la Fondation pour l'école explique que ce statut représente pour elle « l'outil le plus performant pour lever des fonds dans des conditions fiscalement avantageuses » (3)

Grâce à ce dispositif, l'État trouve donc normal de financer de facto l'école privée hors contrat (en remboursant en grande partie, par exemple, les dons généreusement faits par près de la moitié des patrons du CAC 40) (4) alors qu'il rogne de manière drastique sur les crédits alloués à l'école publique ! Et tout cela se fait au grand jour : la fondation pour l'école peut clamer haut et fort sur son site qu'elle finance des établissements hors contrat (contrairement à ce que prévoit la loi Debré) et l'Etat est représenté par un commissaire du gouvernement dans le conseil d'administration de la fondation.

Une offensive tous azimuts:
Un si bon exemple ne peut que faire des envieux. Et de fait, outre la Fondation Saint-Matthieu et la Fondation pour l'école, d'autres organisations proches de la mouvance catholique (voire catholique traditionaliste) semblent particulièrement tentées par le statut juridique rare et envié des fondations. Et même si ces associations ne financent pas quant à elles des écoles privées, elles ne se montrent pas pour autant inactives dans le domaine de l'éducation, loin s'en faut...

L'ASFP (et la revue Liberté politique)
C'est le cas par exemple de l'ASFP, l'association pour la Fondation de Service politique, qui se définit elle-même comme une "association de préfiguration d'une fondation reconnue d'utilité publique »(5) et qui regroupe des catholiques conservateurs, des intégristes et autres agités de la calotte autour de la revue Liberté politique (et du site du même nom): ceux-ci s'étaient par exemple déjà fait remarquer ces dernières années en réclamant l'annulation du bac 2005 au motif qu'un des sujets invitait les candidats à fournir un travail de réflexion et d'analyse sur un article du Monde relatif à l'IVG, 30 ans seulement après la promulgation de la loi Veil... Inacceptable pour l'ASFP! Les membres de l'association se sont depuis illustrés aussi par une virulente campagne dans laquelle ils n'ont pas hésité à accuser le ministre de l'Education Nationale et une fédération de parents d'élèves de « propagande en faveur des comportements homosexuels » (6).

Si l'ASFP n'est pas encore reconnue d'utilité publique (mais ne désespère pas de le devenir) malgré ses brillants faits d'armes, d'autres associations ont eu plus de chance et ont obtenu la précieuse RUP.

L'iFRAP:
C'est le cas de l’iFRAP, think-tank ultralibéral spécialisé dans le lobbying auprès des parlementaires et qui se félicite ainsi de son influence:7

"Depuis 1985, l’iFRAP a fait « passer » dans la législation nombre de ses propositions :
- La création d’un Comité d’Evaluation et de Contrôle des politiques publiques à l’Assemblée nationale
- La fin du monopole de l’ANPE
- La déduction d’ISF pour les investissements dans les PME
- Les sociétés de capitaux à transparence fiscale (SCT)
- L’ouverture du recrutement des directeurs d’hôpitaux publics aux diplômés du privé
- L’inscription de l’obligation de transparence pour le financement des syndicats dans la loi"

Cette fois, les mérites de cette association qui milite pour la privatisation des services publics (8) ont été récompensés puisqu'il était apparemment urgent de créer une nouvelle niche fiscale en pleine période de crise : "en novembre 2009, l’iFRAP devient la Fondation iFRAP, reconnue d’utilité publique par décret du Premier ministre publié au JO". (9)

En matière scolaire, cette fondation (qui n'est certes pas spécialisée dans ce domaine, mais n'en a pas moins des idées très arrêtées et fort proches de celles de l'association SOS Education ou de la Fondation pour l'école) milite pour une sorte de libre marché éducatif où le chèque éducation trouverait bien sûr toute sa place:
"A chaque enfant correspond un enseignement plus ou moins adapté. Seule la liberté de choix des établissements, assortie d’une véritable autonomie pédagogique et managériale des écoles, collèges et lycées permettrait d’offrir leur chance à un maximum d’élèves français. Les parents pourraient choisir les méthodes pédagogiques qui conviennent le mieux à leurs enfants dans l’établissement le plus approprié." (10)

Signalons aussi que le fondateur de l'iFRAP, Bernard Zimmern, conservateur proche des "Catholiques pour les libertés économiques" qui lui ont décerné le prix renaissance de l'économie, est également l'un des co-fondateurs de la très droitière association "Contribuables associés" au côté de François Laarman (oncle du fondateur de SOS Education, Vincent Laarman)


Une offensive menée par un réseau informel ou une offensive concertée?
C'est en effet une des caractéristiques de ces associations de la droite de la droite (11) de sembler souvent très proches les unes des autres (12), mais de façon assez souple et informelle, à la manière d'une nébuleuse aux contours si flous qu'il est parfois difficile de s'y retrouver, un même individu pouvant être membre de plusieurs conseils d'administration dans différentes associations.
L'IFP:
Le cas de l'IFP (institut de formation politique) semble à cet égard tout à fait à part. Ainsi plusieurs des principaux dirigeants des fondations ou associations citées dans cette page se retrouvent-ils dans cette même organisation afin de "former des jeunes pour redresser la France "
En effet, Philippe de Saint-Germain, délégué général de l’IFSP, (association pour la Fondation de Service politique), est membre de lIFP, tout comme Vincent Laarman (sos education), Anne Coffinier (Fondation pour l'école) et Bernard Zimmern (iFRAP, Institut Français pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques publiques) (13).

Quelles que soient les interprétations susceptibles d'être proposées pour expliquer ces rapprochements, la République en tous cas est bonne fille (aînée de l'église?), puisqu'elle participe (par le biais des contribuables) au financement d'associations qui visent à l'affaiblir en affaiblissant ses services publics, au premier rang desquels le service public de l'Éducation Nationale.
Et curieusement (signe des temps?), tout cela ne suscite pratiquement aucune réaction!... (Mais jusqu'à quand?)...

Notes :

0. Ainsi Alternative libérale, parti de L._M. Bachelot (le « parti pris de la liberté ») écrit-il dans son programme : "Dans un premier temps, les écoles publiques actuelles peuvent opter pour un statut associatif, le conseil d’administration se composant d’élus municipaux, d'enseignants, de parents, voire d'associations locales impliquées. Leurs enseignants actuels peuvent conserver leur statut et rémunération actuels ou opter librement pour un statut de droit privé afin de bénéficier des avantages qui lui sont propres. L’avantage de ces nouvelles structures juridiques consiste à permettre de recevoir des dons et d’organiser des partenariats avec des associations, des fondations ainsi que des entreprises."http://www.alternative-liberale.fr/index.php/index.php/programme/education.html Et quid du deuxième temps ?

1.
http://www.mediapart.fr/club/edition/laicite/article/151010/deux-niches-fiscales-catholiques
Sur le même sujet, on peut aussi lire un article du Monde du 03/09/2010 : Ecole : silence, on privatise...
http://carolinefourest.wordpress.com/2010/09/11/ecole-silence-on-privatise/
2. Un des réseaux d'associations les plus en vue actuellement est sans doute celui monté par Anne Coffinier autour de son association "créer son école", l'AES, l'Association Éducation Solidarité, la Fondation pour l'École, (qui se présente comme née de "la rencontre de l’association Créer son école et de créateurs d’écoles", association qui dans les années 1990 avait montré la voie: il s'agissait, comme le rappellent Muriel Fitoussi et Eddy Khaldi dans leur livre Main basse sur l'école publique [ http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com/ ] ) de s'attaquer au système éducatif de l'extérieur en identifiant les « verrous et les moyens de les faire sauter » et en mettant en œuvre des « dispositifs dérogatoires », conception effectivement assez proche de celles d'Anne Coffinier qui considère que « puisqu'il n'est pas de solution de l'intérieur, il faut agir à l'extérieur et à côté de ce grand corps malade qu'est l'Education nationale » http://www.polemia.com/article.php?id=1342 )
On peut citer aussi, en dehors de ce réseau, des associations (parfois assez proches) comme SOS Education, l'OIDEL, Enseignement et liberté, SOS École, etc
3.
http://www.fondationpourlecole.org/content/view/56/83/lang,fr/
4. http://www.challenges.fr/magazine/encouverture/0222.31812/
5. http://www.libertepolitique.com/qui-sommes-nous/2010-03-16-14-23-50
6. http://www.libertepolitique.com/images/pdf/2009/1er-lettre-reste_du_fichier.pdf
7. http://www.ifrap.org/Un-Think-Tank.html
Les positions ultralibérales de l'iFrap, dont le patron est un catholique fervent, sont clairement revendiquées: la vice-présidente de cette fondation, Agnès Verdier-Molinié, déclare ainsi dans son ouvrage La mondialisation va-t-elle nous tuer ? que « La plupart des défauts que l'on attribue au capitalisme financier sont imaginaires ».
8. http://www.ifrap.org/Pourquoi-il-faut-privatiser,11844.html
9. http://www.ifrap.org/soutenir-la-fondation.php
10. http://www.ifrap.org/Enseignement-enfin-la-disparition-des-IUFM,0300.html
11. Certaines de ces associations ont bien du mal à cacher leur ancrage dans la droite extrême: SOS Education, par exemple, parvient mal à dissimuler ses thèses extrémistes et n'hésite pas à remettre en cause le droit universel à l'Éducation! http://soseducation-leblog.com/2010/03/30/la-guerre-parents-professeurs/

12. Tenir des conférences communes avec les responsables de SOS Éducation ne semble ainsi poser aucun problème à Anne Coffinier http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/2005-3.html et le philosophe Philippe Nemo, qui fait figure de maître à penser de l'association SOS Éducation, cite autant en exemple l'association d'Anne Coffinier que celle de Vincent Laarman, qui a été son élève. http://www.contrepoints.org/Entretien-avec-Philippe-Nemo.html
13. L'IFP compte aussi parmi ses "intervenants" des membres du MEDEF, des hauts-fonctionnaires, des conseillers ou ex-conseillers de cabinets ministériels (dans le cabinet de l'actuel premier ministre François Fillon, mais aussi dans ceux de Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur de 93 à 95), d'anciens hauts responsables des médias, des journalistes, des « progressistes » de tout poil allant des libéraux et ultralibéraux  aux frontistes en passant par le Club de l'Horloge,  des monarchistes, des membres des mouvements anti-IVG et des catholiques conservateurs et traditionalistes...
http://www.ifpfrance.org/index.php/Qui-sommes-nous/intervenants-ifp.html


(FL, 22/12/2010)





De la bonne presse sur l’enseignement catho
     

Enseignement catholique : du discours de la presse officielle à la face cachée des chiffres

Par  Eddy KHALDI
Golias Hebdo n° 154 du 14 octobre 2010

     Cette année encore, en cette rentrée scolaire, les habituels marronniers laissent entendre leur ritournelle d'une école privée « victime de son succès », « submergée par les demandes d'inscription ». Les habituels clichés tournoient d'une rédaction à une autre[1].
Quelques publi-reportages,  qui ne disent pas leur nom, fleurissent chaque automne en faveur des écoles privées dans la foulée de la conférence de presse de l'enseignement catholique.


      Qu'en est-il vraiment ?


     Citons, voici déjà 3 ans, le 10 septembre 2007, en Une du « Monde » avec ce cri alarmiste : « L'enseignement catholique tourmenté par son succès ». les établissements privés « ont dû refuser, faute de places, l'inscription d'environ 35 000 jeunes  selon la direction de l'Enseignement catholique ».

     Trois ans plus tard, ce « copier-coller » de La Croix le 29 septembre 2010 souligne : « l'enseignement catholique aura été, en cette rentrée, victime de son succès». « Le nombre de demandes d'inscription non satisfaites se situe probablement entre 30 000 et 40 000 », déplore le secrétaire général Éric de Labarre,  illégitime porte parole d'établissements privés seuls institutionnellement reconnus par la loi dite Debré à titre individuel.

     Comment se peut-il que  88 000 classes du privé sous contrat ne soient en mesure d'intégrer 30 000 demandes, alors que les lycées privés ont, en moyenne, moins de 24 élèves par classe pour plus de 28 dans le public ? Alors que 25,5% des lycées généraux et technologiques privés ont moins de 19 élèves et parmi eux 13,7%  ont moins de 15 élèves. Pire, en lycées professionnels 35.7% des classes du privé ont moins de 15 élèves par classe et 55.4% moins de 19 élèves. Ne parlons pas du 1er degré privé qui perd 6 000 élèves entre 2008 et 2010[2].

     De plus on ignore, ou bien on  dissimule, les inscriptions simultanées d'une même famille, auprès de plusieurs établissements privés. «Aucune donnée - d'inscriptions non satisfaites- ne remonte vers le national » confiait l'an passé le chargé de communication de l'enseignement catholique. Ce qui explique sans doute ce prudent «probablement » du secrétaire général de l'Enseignement catholique, en 2010. Donc, un sérieux doute plane sur l'addition finale de demandes non connues et non enregistrées par l'enseignement catholique. De son côté, le service public s'abstient de procéder à pareille propagande contestable additionnant des demandes non satisfaites de tous ses établissements.

     Afin que la condition première de la « liberté d'enseignement » soit respectée, à savoir, l'existence du service public, celui-ci ne devrait-il pas comptabiliser les places inexistantes des communes ou secteurs pourvus exclusivement d'école, collège, lycées ou sections privées ? L'obligation d'assurer l'existence ou la continuité du Service Public d'Education sur tout le territoire n'est donc pas respectée. « Depuis 1985, à Chavagnes-les-Eaux, dans le Maine et Loire, commune de mille d'habitants, l'école publique n'était autorisée à scolariser les enfants qu'en maternelle et aux CM1, CM2. Les trois autres années d'enseignement étaient elles, par accord passé en catimini entre le maire, le directeur diocésain et l'inspecteur d'académie, concédées à l'école privée catholique dans laquelle chaque enfant était contraint de passer trois années sans se préoccuper du respect de la laïcité de l'école et de la liberté de conscience de citoyens en devenir. »[3]

     Depuis déjà plus de 10 années, les mêmes affirmations sans preuves, les mêmes complaintes sont entretenues à l'adresse de l'opinion, pour conforter une image et un « succès » qui serviraient depreuve irréfutable de cette réussite, moins réelle qu'autoproclamée. Ainsi l'enseignement catholique se présente en parent pauvre de la «parité » pour entonner la sempiternelle ritournelle pré-budgétaire du nombre constant de ses demandes d'inscriptions non satisfaites. A l'heure de la rigueur pour le service public, le gouvernement trouve pourtant des arguments pour justifier ses faveurs illégitimes, sans cesse croissantes concédées au privé. La revendication du caractère propre catholique, même s'il « n'est plus qu'une source d'inspiration lointaine »[4]  devrait conduire, sauf à s'abandonner à la logique libérale, à plus de retenue et de décence dans des demandes  socialement injustes. Selon la règle, revendiquée par l'enseignement catholique et concédée en 1985, 20% des moyens lui sont attribués. Alors pourquoi depuis plusieurs années la suppression des postes du privé est-elle proportionnellement moindre ?  Au budget 2011, 13767 emplois d'enseignants sont retirés au public et seulement 1633 au privé sous contrat au lieu des 3416 qui respecteraient ces 80/20%. Donc, près de 1800 postes sont ainsi illégitimement et illégalement concédés au privé.

     L'enseignement catholique s'intéresse, aussi, de près, aux jardins d'éveil et affiche ses orientations : « Le nouveau contexte ne peut qu'inciter l'Enseignement catholique à imaginer des dispositifs pour rester présent sur la tranche d'âge des 2 ans, et, même à s'intéresser à l'accueil de toute la petite enfance de 3 mois à 3 ans. » « La réduction, voire la suppression, de la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans dans des classes sous contrat va perturber de façon importante le recrutement des écoles catholiques. Elle pourrait entraîner la fermeture des classes réservées aux enfants de 2 ans et pourrait provoquer la fermeture de classes dont l'effectif était soutenu, pour une part significative, par l'accueil d'enfants de 2 ans. »[5].  Est-il raisonnable, de communautariser de la sorte les crèches, dans cette logique marchande?


     Pour faire taire ces demandes illégitimes de fonds publics,faut-il rappeler les dernières données statistiques récemment publiées par les services du ministère de l'Education nationale ? Ainsi, 11,7 % des collèges privés ont moins de 100 élèves et seulement 0.9% dans le public.  Et aussi, 43,3 % des lycées professionnels privés ont moins de 100 élèves, et 0.8% dans le public. De plus, 16,9 % des lycées privés ont moins de 100 élèves et 0.3% en public. « L'enseignement catholique redoute de devoir fermer plus de 1000 écoles, 100 collèges et 70 lycées » déplore La Croix qui n'a d'oreilles que pour l'enseignement catholique sans prêter attention à ses centaines d'établissements inoccupés. La Croix feint d'ignorer que ces sous-effectifs du privé auraient, dans le public, conduit à la fermeture d'établissements. La justice sociale et la rigueur budgétaire devraient pourtant conduire à la suppression de classes et d'établissements privés. Non seulement ce n'est pas le cas, mais, tout au contraire, de nouveaux contrats sont accordés, tandis que l'enseignement catholique continue de demander l'aumône aux collectivités publiques. Ce dualisme dès la maternelle, voire dès le jardin d'éveil, a un surcoût qui porte préjudice à l'ensemble de la population scolaire, et plus encore en période de crise. Par exemple, dans le petit département  de l'Aveyron, 144 postes seraient économisés pour l'enseignement du premier degré si, tous les élèves se retrouvaient ensemble, sur les bancs d'une même école, l'école publique laïque.

      Les établissements privés scolarisent moins d'élèves handicapés ou issus de l'immigration, mais davantage de jeunes appartenant aux catégories sociales « favorisées » ou « très favorisées avec une sous représentation des élèves issus des catégories sociales « défavorisées ». Cela se traduit par 2.5 à 3 fois plus de boursiers dans le public que dans le privé.

      Dans un communiqué du 16 aout 2010, des « Chrétiens pour une Eglise Dégagée de l'Ecole Confessionnelle », le CEDEC : « se sentent humiliés quand l'Eglise catholique contribue, par le comportement des responsables de cette école confessionnelle, à appauvrir l'école publique - école de la nation - à appauvrir des communes, voire à "manipuler" les textes évangéliques. ».et surtout les statistiques.



     Eddy KHALDI

     Le 6 novembre 2010

  
     [1] La Croix, Les Echos.. 29 septembre 2010

     [2] Édition 2010 de « Repères et références statistiques » sur les enseignements et la recherche. Publication du Ministère de l'éducation nationale d'octobre 2010 :
http://www.education.gouv.fr/pid316/reperes-et-references-statistiques.html

     [3] Christophe GUILLET, directeur d'école, secrétaire départemental de l'UNSA Education du Maine et Loire.

     [4] Il n'y a, par conséquent, semble-t-il, plus de sens pour que l'Église occupe ce terrain, sinon au risque de se laisser instrumentaliser au service d'une logique de privatisation en mettant à la disposition des privilégiés des systèmes privés de soin, d'éducation, etc., dont l'inspiration catholique n'est plus qu'une source d'inspiration lointaine et finalement inopérante qui risque de produire un contre-témoignage. Mgr Claude Dagens - 2007

     [5] Orientations du Comité national de l'Enseignement catholique pour l'accueil de la petite enfance.


         Visitez le site : http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com/

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De l'évaluation des compétences au fichage des comportements...

Les « bienfaits » du Livret Personnel de Compétences


Il semblerait que les données du LPC, "Livret Personnel de Compétences" mis en place cette année au collège (et qui doit être entièrement validé pour obtenir le brevet), soient susceptibles d'être conservées, non plus 35 ans comme c'était initialement prévu pour les fichiers Base élèves, mais ad vitam aeternam, ou du moins jusqu'à la retraite ("formation tout au long de la vie" oblige...).

En effet il est assez plausible qu'il soit prévu de
pouvoir interconnecter ces fichiers avec ceux de Pôle emploi puisque l’article 11 de la loi du 24 novembre 2009 dispose que « lorsque l’élève entre dans la vie active, il peut, s’il le souhaite, intégrer les éléments du livret de compétences au passeport orientation et formation prévu à l’article L. 6315-2 du code du travail ». Le fichage généralisé qui se met en place dans l'Education Nationale et le CV électronique seront sans aucun doute des instruments de rapprochement très efficaces entre le monde de l'entreprise et celui de l'école qui a d'ailleurs déjà adopté une partie de son vocabulaire!

Or, outre le fait très discutable que les fichages informatiques mis en place dans l'Education Nationale puissent à terme servir à sélectionner les salariés dans les entreprises, Certains items du "livret personnel de compétences" ne sont pas sans poser problème, car ce sont bien plutôt des comportements que des connaissances ou des savoir-faire qui risquent de se retrouver fichés...

Ainsi peut-on lire dans les tableaux des compétences 6 et 7, que les enseignants devront par exemple évaluer la capacité de l'élève à :
« respecter et mettre en œuvre les règles de vie collective »
« Adopter des comportements favorables à sa santé et sa sécurité »
« s'intégrer et coopérer dans un projet collectif ».

Tans pis pour l'ado en rébellion qui ose transgresser les règles, l'élève réservé ou timide qui reste en marge du groupe, l'obèse qui se goinfre de sucreries à la récréation...
Ces comportements indignes méritent de les suivre pendant toute leur scolarité!

Nul doute que les enseignants, qui se sont vu imposer aux concours une nouvelle épreuve intitulée « Agir en fonctionnaire de l'État et de façon éthique et responsable », apprécieront et auront à cœur  d'évaluer maintenant le "comportement responsable" de leurs élèves...

FL, le 06/10/2010.


Toutes les compétences du LPC peuvent être consultées sur : http://media.eduscol.education.fr/file/socle_commun/73/8/attestation-palier-3_117738.pdf

L'école : terrain de racolage des ultralibéraux

Comment parvenir, en instrumentalisant le problème scolaire, à créer un "grand" parti et à modifier le rapport des forces (quitte à faire perdre Sarko)? C'est ce qu'étudient actuellement les plus excités des ultralibéraux d'Alternative Libérale et du Parti Libéral Démocrate. Les ultralibéraux, les cocus et l'école...


Présidentielles: les ultralibéraux en pré-campagne (refus du mariage par peur du cocuage) : « 
On est poli avec tout le monde. On parle avec tout le monde mais on ne soutient personne. »

Les élections présidentielles de 2012 approchant, les ultralibéraux les plus excités du Parti Libéral Démocrate (récemment créé en 2008 pour reprendre le flambeau de l'ancienne Démocratie Libérale d'Alain Madelin, mouvement par lequel étaient passés certains de nos actuels ministres comme Luc Chatel et Hervé Novelli) et d'Alternative Libérale veulent former un "grand" parti libéral indépendant et en sont même à envisager une possible fusion.

« cocufiés, ultracocufiés, recocufiés »

L'idéal, selon les eux, serait en effet de faire bloc autour d'un parti totalement indépendant, ce qui leur éviterait d'avoir à passer des « alliances incertaines », de soutenir tel ou tel candidat aux présidentielles et de « se faire cocufier », inquiétude qui tourne chez eux à une véritable obsession puisqu'ils se plaignent amèrement d'avoir toujours été « cocufiés, ultracocufiés, recocufiés »...
Cela leur permettrait aussi, espèrent-ils, de recevoir des fonds publics. Car ces grands pourfendeurs de l'interventionnisme d'État et des dépenses publiques inconsidérées ne seraient pas hostiles à quelques petites subventions publiques pourvu qu'elles leur soient destinées et ils ont déjà calculé que "si ce parti libéral parvient à présenter 50 candidats aux législatives qui font 1%, il aura droit à des subventions pour payer un permanent [et] un local pendant 5 ans" (source).


Pas très ambitieux, pensera-t-on ?
Eh bien l'on aurait tort de le croire,
car nos ultralibéraux, qui ont en fait un solide appétit de pouvoir, considèrent qu' « avec 1 ou 2% on touche des subventions (...), on entre dans l'écran radar des partis parce que l'on peut faire perdre des élections ». Et forts de ce pouvoir de nuisance, ils ajoutent: « Pour être respecté en politique, il faut d'abord créer un rapport de force. Être capable de gagner une élection, ou plus encore, être capable de faire perdre une élection. Une fois qu'un rapport de force est établi, nous pouvons éventuellement négocier. »

Tout le problème consiste donc pour eux à créer le "grand" parti qu'ils appellent de leurs vœux en lieu et place de leurs actuels petits partis (AL n'a pas encore réussi à passer la fameuse barre du 1% et le PLD n'arrive pas non plus à décoller), à trouver 500 adhérents prêts à sortir 30 € de leur poche pour garantir l'autonomie financière de leur mouvement et à chercher à étendre leur influence:
« D'un point de vue financier, 500 adhérents à 30 euros, c'est 15 000 euros. Soit de quoi : Payer les commissaires aux comptes. Faire fonctionner un site web, des vidéos, des textes. Imprimer des affiches, autocollants, goodies. » (
source)


Et c'est là que l'école, qui sera sans doute un thème central de la prochaine présidentielle, entre en jeu et est instrumentalisée à des fins politiques !

L'école, tremplin politique pour les ultralibéraux:

Car si trouver 500 adhérents à 30 euros ne pose peut-être pas trop de problèmes (AL par exemple prétend avoir déjà 1500 adhérents), en revanche gagner en influence dans la population passe par
une campagne d'opinion fondée sur des thèmes « porteurs ». Or l'éducation, qui fait justement partie des préoccupations de toutes les familles, en est un. Et il est d'autant plus tentant d'utiliser le thème éducatif que certaines associations (politiquement très marquées à droite) ont montré qu'il y avait là un fort potentiel de militantisme (et de financement)… D'où le rapprochement en cours avec la droite conservatrice (voire la droite extrême), et la campagne de lobbying d'AL en direction de généreux contributeurs que l'on sait déjà prêts à donner et à militer pour la bonne cause: ce n'est évidemment pas un hasard si Alternative Libérale, qui promet de publier prochainement son Manifeste Éducatif (M.E.A.L.) sur internet, reprend toutes les propositions éducatives d'associations comme celles d'A. Coffinier, proches des chrétiens traditionalistes, ou encore la très droitière SOS Education...

Et voici ce que l’on trouve au menu d’Alternative Libérale :


FL- 29/06/2010

Colloque en faveur de l’école catholique hors contrat sous les dorures du Sénat : pour une droite décomplexée.

C'est sous les ors de la République, au Sénat, que doit se tenir le 2 juin le colloque organisé par Anne Coffinier, présidente de la Fondation pour l'école, organisme proche à la fois de la droite conservatrice, des ultralibéraux et des catholiques intégristes... et qui milite activement pour l’Ecole privée hors contrat. Très activement même, pour preuve le colloque au Sénat qui fait suite à bien d’autres interventions du même genre dans des milieux très choisis (comme le 17 septembre 2009). .


Une Fondation bien sous tous rapports

Certes le colloque organisé est de prime abord bon chic bon genre, et même les sénateurs les plus progressistes ne semblent pas s'inquiéter de son organisation en leurs murs. Les associations d'Anne Coffinier (dont
Créer son école, La Fondation pour l’Ecole) en effet n'ont pas encore réussi à susciter autant de suspicions que la sulfureuse SOS Education qui a parfois un peu de mal à cacher ses positions extrémistes et n'hésite pas par exemple à remettre en cause le droit universel à l'éducation !

Pour A. Coffinier (au passage : ancienne élève de l'École normale supérieure, ancienne élève de l'École nationale d'administration, diplomate, et qui sait s’investir dans toutes
les nobles causes) et ses associations, tout va pour le mieux, et en particulier pour La Fondation pour l’Ecole, dont la reconnaissance d’utilité publique obtenue un an après sa création par le décret  du premier ministre du 18 mars  2008, après avis positif du Ministère de l’éducation nationale, du Ministère de l’intérieur et du Conseil d’Etat.

C’est sans doute ce qui permet de dire à
l’Action Française, que le site de ladite fondation est “un excellent site”.

Et on ne tirera bien sûr non plus aucune conclusion hâtive du fait que par le passé Anne Coffinier ait tenu des conférences communes avec des membres de SOS Education ou encore du fait que le philosophe
Jean-Noël DUMONT, qui doit conclure le colloque avec Anne Coffinier, soit en même temps administrateur de la Fondation pour l’école et membre de SOS Education...

Ainsi d’après le site de ladite Fondation pour l’école, l’association
Créer son école (créée en 2004) rassemble plus de 460 écoles privées hors contrats.


Une Fondation pour quoi faire ?

Ses objectifs sont clairs et exposés sur le site de la Fondation :
valoriser les expériences nouvelles hors contrat, créer des internats pour “les enfants dans des conditions défavorables”, délivrer, dans le cadre d’un institut libre (l’ILFM), une formation initiale et continue aux instituteurs. On l’a entendu valoriser aussi le chèque éducation, chèque qui ne sera pas perdu pour tout le monde bien sûr. (voir l’entretien donné par la fondatrice à l’AEF en 2006)

Le fait est là: Anne
Coffinier instrumentalise le problème éducatif à des fins idéologiques ; la Fondation pour l'Ecole n'est pas une simple association dont le but serait d'offrir aux enfants d'autres formations que celles qui leur sont déjà proposées. Il s'agit en fait d'un organisme chargé de collecter des fonds pour les écoles privées hors-contrat et qui bénéficie d'une fiscalité particulièrement favorable, puisqu'au mépris de la loi de 1905 les dons faits à cette fondation (et aux associations qui en dépendent) sont remboursés à hauteur de 66% par les contribuables, ce qui revient donc à faire financer par la République des associations religieuses... Et de surcroît des associations religieuses qui ne sont pas sans danger pour ses services publics!

Car à travers cette fondation et son réseau d'associations, les finalités d'Anne Coffinier sont claires :
détruire de l'extérieur l'Education Nationale pour promouvoir "un système éducatif solide" : "Il y a un besoin d'écoles, de vraies écoles”, dit elle. "Il est vital de restaurer coûte que coûte un système éducatif solide. Les réformettes se sont empilées sans que le redressement attendu ait eu lieu. Car l'Education nationale est en réalité structurellement incapable de se réformer, en raison de l'omnipotence des syndicats mais aussi de son gigantisme, de sa bureaucratisation centralisatrice. Puisqu'il n'est pas de solution de l'intérieur, il faut agir à l'extérieur et à côté de ce grand corps malade qu'est l'Education nationale. Comment ? En créant des écoles, tout simplement." (source)

Tout cela prêterait à sourire si tout un chacun considérait ces propos comme excessifs et exaltés (au fait, qu'en pense le ministre de l'Education Nationale?), mais ils sont semble-t-il pris au sérieux, et c'est une droite parfaitement décomplexée qui se réunira là pour soutenir Anne Coffinier et écouter la bonne parole, puisque l'introduction sera prononcée par les sénateurs
Jean-Claude GAUDIN, vice-président du Sénat, et André LARDEUX. Le lobbying a été efficace.


Une presse complaisante ?

Quant à la couverture médiatique, elle sera complaisamment assurée par
Natacha Polony du Figaro qui présentera d'ailleurs elle-même dans ce colloque une communication sur la situation de l’enseignement en France : à la fois observatrice des festivités et "conférencière", la journaliste (qui partage avec Anne Coffinier un parcours assez similaire puisque, comme elle, elle s'est lancée dans des études pour devenir prof avant d'abandonner cette idée...) sera évidemment bien placée pour apporter un point de vue journalistique tout à fait impartial à ses lecteurs... Elle connaît d’autant mieux de quoi elle parle qu’elle fait partie en compagnie de E. Naulleau et E. Zemmour, du Jury d’honneur du Grand Prix de la Fondation pour l’école.
(FL + DR, 20/05/2010)






Pour ce second billet, retour de bâton sur une association qui sait trouver des appuis...


Quand SOS Éducation racole chez les extrémistes...


Quoique Vincent Laarman, fondateur de SOS Éducation, possède une association à but non lucratif florissante dont le chiffre d'affaires tourne autour de 2 à 3 millions d'euros par an 1, ses généreux donateurs peuvent se faire plus rares ou bien encore avoir la main moins "libérale" en temps de crise, et sa "petite entreprise" doit donc avoir le souci d'entretenir et de renouveler son vivier de généreux bienfaiteurs pour faire grossir son bas de laine: à la fin de 2007, l'association disposait déjà à son actif de plus de 3 millions d'Euros (excusez du peu), répartis en environ 400 000 Euros de locaux et plus de 2 700 000 Euros de liquidités 2.

Or comment élargir la clientèle ciblée, c'est-à-dire une clientèle essentiellement de droite, relativement âgée et raisonnablement friquée?
3 Les techniques marketing de Vincent Laarman, qui font appel au publipostage 4 , nécessitent en effet de trouver des donateurs toujours plus nombreux 5 et semblent passer par les mêmes solutions que celles utilisées par une partie des libéraux ou des ultra-libéraux pour étendre leur influence: se rapprocher de l'extrême droite 6.

Mais l'extrême droite n'est pas un bloc uniforme et homogène, et il semble que les liens de SOS Éducation avec le front national ne soient pas toujours au beau fixe, du moins si l'on en croit par exemple les prises de position récentes d'Oriane Borja, ancienne tête de liste frontiste en Loire- Atlantique, qui considère l'association comme trop mercantile et d'un ultra-libéralisme débridé. 7

La présence d'un texte de Vincent Laarman sur le site extrémiste francaisdefrance.wordpress.com se comprend sans doute mieux dans ce contexte, de même que l'appel qu'il lance pour une participation et une réflexion commune sur son blog, précisant même pour mieux séduire ses interlocuteurs que « SOS Éducation n’est pas pour les petites natures » 8. Reste à savoir si le durcissement idéologique qu'implique un tel rapprochement avec ce mouvement de la droite extrême ne va pas contribuer à marginaliser un peu plus l'association, voire à faire fuir une partie de ses anciens donateurs, quand ils découvriront par exemple des textes ouvertement racistes sur le site "francaisdefrance", 9 et alors même que de récentes prises de position font déjà débat sur le blog de SOS Éducation, au point que certains donateurs déclarent qu'ils ne se laisseront plus mener en barque par une association faisant la promotion d' « idées fascisantes »? 10





Notes
1. Quelques chiffres précis sur cette page, bien documentée: http://www.sos-justice.info/ Par exemple, « en 2004, 1.930.040 euros de dons ! (Chiffres publiés par eux Bulletin N°12) »; en 2006, 2,8 Millions ; en 2008, plus de 3 Millions.

2. http://www.sos-justice.info/?p=154 Les actifs de l'association pourraient s'élever aujourd'hui à plus de 5 Millions. (Ma petite entreprise ne connaît pas la crise ?...)
3. La clientèle a , au départ, été sélectionnée sur des critères socio-économiques grâce à l'achat d'un fichier d'adresses, comme rappelé sur cette page (déjà citée): http://www.sos-justice.info/ « Les associations achètent (très cher !) et le plus légalement du monde des fichiers d’adresses postales, notamment auprès d’entreprises spécialisées ayant des sites comme http://www.personnes- aisees.com/ Site sur lequel Vincent Laarman avait fait un témoignage - retiré aujourd’hui de ce site probablement à la suite de l’article de Libération qui le reprenait – en ces termes : « Nous avons besoin d’adresses de femmes de 60 ans et plus , grand-mères, ayant au moins 2 petits-enfants scolarisés et donatrices à une cause d’enfant (...) . Nous n’avons pas pu trouver d’autres fichiers capables de fournir un potentiel aussi important pour cette sélection » .

4. La technique utilisée, dite du « fundraising » (collecte de fonds), est anglo-saxonne, et repose sur l'indignation:
« On fait un mailing auprès d’une population bien ciblée » [...]
« On y dénonce tous les abus du sujet traité. » [...]
« Le plus important : on joint un « référendum » ou une pétition à renvoyer impérativement à l’adresse de l’association avec un bulletin «de soutien » (et non pas « d’adhésion » au sens juridique du terme) pour faire un don de 20, 40 ou 100 euros ; la formulation est faite de telle façon qu’il est habilement suggéré que le renvoi du « bulletin de vote » doit être accompagné d’un chèque pour être bien pris en compte « oui, je soutiens votre action etc. » http://www.sos-justice.info/

5. Vincent Laarman est considéré comme un expert dans ce domaine: Mme Jacquemond, fondatrice de l'IPJ (Institut pour la Justice, dont les positions sont proches de l'extrême droite) et épouse de Vincent Laarman, déclare "utiliser les services et « les méthodes de communication efficaces » de son mari. L’IPJ présente M. Laarman comme « l’un des meilleurs spécialistes français du marketing direct ». Ceci expliquant cela, l’IPJ comprend, parait-il « 160 000 sympathisants actifs dès la première année »" cf. http://www.aid97400.lautre.net/spip.php? article749 Cela dit, Vincent Laarman n'est évidemment pas le seul "entrepreneur associatif" qui sache bien mener sa barque et il existe toute une nébuleuse d'associations "à but non lucratif" qui fonctionne sur le principe éprouvé du "fundraising": outre SOS Education et l'IPJ, il faut citer aussi le mouvement Contribuables Associés fondé par un oncle de Vincent Laarman (qui, avant son neveu, était déjà un adepte du "fundraising"), l'éphémère GEFI (fondé par Vincent Laarman pour dénoncer les charges frappant les petites entreprises), Sauvegarde retraites (association qui se propose de dénoncer les prétendus privilèges des fonctionnaires), Avenir de la Culture (association ultra- catholique, émanation de Tradition Famille Propriété qui est reconnue comme une secte par un rapport parlementaire de 1995 [cf. http://www.prevensectes.com/tfp3.htm et http://www.prevensectes.com/tfp1.htm ] et qui semble entretenir des liens “amicaux” avec SOS Éducation: http://www.sos-justice.info/?p=95), Droit de naître (association anti-IVG derrière laquelle pourrait également se profiler TFP: http://www.prevensectes.com/rev9910.htm#20a ), etc.

6. Pour de plus amples informations sur la proximité entre de nombreux libéraux et l'extrême droite, lire par exemple: La face cachée de la droite décomplexée : « Une ouverture peut en cacher une autre... » par Paul Ariès, directeur du sarkophage (extrait du dossier publié dans le sarkophage n°2 http://www.pag69.org/IMG/rtf/La_face_cachee_de_la_droite_decomplexee.rtf)

7. http://www.wikio.fr/article/mondialisme-et-ecole-176679489 Malgré des ressemblances entre les mesures éducatives proposées par SOS Éducation et celles contenues dans le programme du Front National, il existe cependant quelques différences et voici ce qu'Oriane Borja déclare à propos de l'association SOS Éducation: "Quelles troublantes similitudes entre la politique éducative qu’elle préconise et celle menée aux États-Unis avec l’idée d’un réseau d’établissements indépendants sur la base d’une charte minimale imposée par l'État. Ils souhaitent la mise en place d’écoles distinctes pour les enfants de « ceux qui ne lisent pas les mêmes journaux, ne votent pas pour les mêmes partis, n’ont pas les mêmes genres et styles de vie, etc. »"[...] "Elle se positionne d’ores et déjà sur une part du «marché éducatif»"

8. L'association qui, tout en se disant apolitique, entretient des relations amicales avec Liberté chérie, affiche ici sa proximité avec l'extrême-droite sur un site ouvertement raciste: http://francaisdefrance.wordpress.com/2010/04/02/les-reformes-a-luc-chatel-poisson-davril/

9. Depuis le 17/10/2009 est publié sur le site un texte profondément raciste, extrêmement violent et haineux, d'une grande obscénité, présenté comme un tract islamiste (avec quelques précautions comme l'usage du conditionnel pour évoquer la source du tract islamiste) et dont la rhétorique fait bien davantage penser à une provocation de l'extrême droite (thème de la décadence due à la France enjuivée et à la franc maçonnerie... ) Le texte est toujours en ligne en avril 2010: http://francaisdefrance.wordpress.com/2009/10/17/tract-mis-dans-les-boites-aux-lettres-a-nimes-et- on-nous-accuse-de-racisme/
La véritable nature du document ne peut pourtant échapper bien longtemps: un autre mouvement d'extrême droite qui avait publié ce texte l'a retiré de son site en considérant qu'il s'agissait bien d'une provocation du style "Ancien de l'Algérie Française" : http://parti-de-la-france.forumactif.net/petites-annonces-f9/trac-mis-dans-les-boites-aux-lettres-a- nimes-t170.htm
La provocation en question est d'ailleurs ancienne puisqu'elle est apparue en 2001 à Angoulême:
http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=80274
Mais, vu le nombre de contributions haineuses sur le blog de "francaisdefrance", force est de constater que cela fonctionne encore très bien...

10. http://soseducation-leblog.com/2010/03/30/la-guerre-parents-professeurs/ En plein délire réac, SOS Éducation s'en prend aux syndicats et aux enseignants « marxistes », « responsables de la crise », à qui elle reproche d'avoir instauré « un droit universel à l'éducation »! Quelle horreur! Ainsi, depuis Condorcet qui, dans son Rapport sur l’instruction publique, souhaitait que tous eussent accès à l'instruction, la France aurait été peuplée de dangereux marxistes qui n'auraient eu de cesse d'instaurer et d'étendre toujours plus ce droit à l'éducation! Guizot, Falloux, Jules Ferry? Des marxistes! Les rédacteurs du préambule de la constitution de 1946 qui ont donné à ce droit une valeur constitutionnelle (art. 13 du préambule)? Tous des marxistes! De Gaulle, qui a tenu à consacrer ce préambule dans celui de la constitution de 1958? Un marxiste! Fillon dont la loi d'orientation de 2005 stipule que les parents ne peuvent s’opposer à la poursuite des études de leurs enfants mineurs au-delà de 16 ans? Un marxiste lui aussi! Et Sarkozy? Sarkozy qui en a fait son premier ministre? Un marxiste!
FL le 18/04/2010




Pour ce premier billet, retour sur les enseignements d’exploration, nouveau concept phare de la nouvelle classe de Seconde. Aujourd’hui, Littérature et société.

"Littérature et société". 

Avouons-le, l'intitulé était accrocheur, séduisant même pour un professeur de lettres.  D'aucuns  se seront pris à rêver sur l'ambition qu'un tel titre affichait ; d'autres auront remué, nostalgiques,  leurs souvenirs d'étudiants : ah la sociocritique ! Lukács, Goldmann et la critique structuraliste des années 70 ...
Mais, stop ! nous faisons fausse route, pareils au petit Chaperon Rouge égaré sur le chemin du plaisir. Il faut lire complètement et ne pas trop décontextualiser l'intitulé justement, le replacer précisément dans le  contexte social de sa production : l'enseignement d'exploration de la réforme des lycées 2010.  Finies les rêveries d'intellectuel, ce que ne  saurait désormais être le professeur de lettres : débarrassé des ses prétentions littéraires et culturelles, le voilà didacticien, animateur d'un groupe d'apprenants qui n'est même plus une classe – concept caduc à reléguer dans le passé au même titre que le bonnet d'âne et l'encrier de nos grand-mères.
Renouons donc une dernière fois avec une pratique que nous aimions bien mais qu'il nous faut abandonner car inadaptée au monde contemporain, l'analyse textuelle. Appliquons-la à ce beau texte novateur  : le programme de cet enseignement d'exploration ou plutôt projet car nous serons consultés comme il convient (c'est-à-dire que certains d'entre nous, choisis par qui de droit, seront autorisés à aller discuter de son amélioration hypothétique).

Lisons donc un peu.
La tentation est forte de s'arrêter au préambule. Le paragraphe "finalités" en dit long, il dit même tout, le reste est littérature...
De quoi souffre donc la littérature qu'il faille à tout prix la changer dans sa nature même ? On le sait, son point faible est qu'elle ne sert à rien. Il faut donc la rendre performante, la concevoir comme un outil d'analyse de la société. Mieux : montrer qu'on peut parvenir à travers elle, qu'elle est en prise avec le monde professionnel, qu'elle n'est pas seulement usine à chômage ou, pire encore, génératrice d'étudiants feignasses et bloqueurs d'universités. Un peu de pragmatisme, que diable !
La preuve par le texte : grâce au module d'exploration, nous allons enfin "engager des partenariats permettant une découverte, en situation, des formations et champs professionnels ouverts aux élèves issus de la voie littéraire (intervention de professionnels, visites hors de l’établissement, etc.). " Les visites d'imprimeurs, d'éditeurs, de librairies et journaux régionaux en tout genre vont se multiplier et je ne parle même pas des visites des "centres de documentation" en entreprise !
Vive l'ouverture culturelle sur l'extérieur qui nous manquait tant :
le fonctionnaire devient enfin innovant. Non content de chercher des partenaires privés à l'extérieur, dans le « monde du travail », le vrai, il se voit doté d'une réelle liberté, d'une autonomie que le carcan des programmes obligatoires ne lui laissait pas.

"
Les professeurs choisissent deux ou trois domaines d’exploration parmi les six domaines présentés ci-dessous. Ils peuvent organiser librement leur enseignement sur l’année en fonction des situations de travail envisagées, des ressources humaines et culturelles disponibles au sein de l’établissement ou dans son environnement (1). Cet enseignement doit se faire, autant que possible, en relation avec des partenaires, institutions ou entreprises culturelles proches du lycée, à l’occasion d’événements ou de manifestations diverses (festivals, expositions, semaine de la presse, concours, appels à projets, etc.). "
Vous relèverez le champ lexical de la liberté.

(1) Exemple d'un lycée de périphérie urbaine que je connais bien, un lycée implanté dans une ZAC d'un quartier nord d'une ville de province: le gros des troupes est constitué, côté professeurs, d'enseignants de l'enseignement technologique et scientifique, de documentalistes que les élèves connaissent par cœur et fréquentent dans le cadre des cours, et enfin d'une administration, qui, on veut l'espérer, croule sous le travail. Bon, sans vouloir être méprisante, on va plutôt se tourner vers son "environnement" donc. Là on ne sait que choisir tant la diversité culturelle du quartier est forte : la papèterie Dalbé pour le groupe des forts, ouverture culturelle et artistique oblige ; le rayon livres d'Auchan pour les moyens… et pour les faibles les notices descriptives de papiers peints et la documentation spécialisée de Leroy Merlin. Allons, un peu d'ouverture d'esprit ! Exit les œuvres poussiéreuses : Maupassant, Hugo, Baudelaire, Molière et bien entendu Mme de La Fayette feront l'objet d'un exercice appliqué sur le recyclage du papier à la déchetterie (située fort opportunément dans notre secteur).

Mais heureusement, le fond est là, indiscutable, solide. Citons les six objets d'études déterminés dans le projet de programme :
1. Ecrire pour changer le monde
2. Des tablettes d'argile à l'écran numérique
3. Images et langages : donner à voir, se faire entendre
4. Médias, information et communication
5. Paroles publiques
6. Regards sur l'autre et sur l'ailleurs

Vous avez dit « littérature » ?

Microlecture ultime sur l'objet d'étude 6.
Ce que nous dit le programme :
« 
Problématique L’objectif est d’éveiller la curiosité des élèves pour les cultures, traditions et civilisations étrangères, et de les faire s’interroger sur les différents regards dont elles peuvent faire l’objet : celui de l’ethnologue, de l’anthropologue, du sociologue, du poète ou de l’écrivain, de l’explorateur, du reporter, de l’historien, du géographe. On leur fait prendre ainsi conscience de différentes manières de rendre compte de réalités qui peuvent être éloignées dans l’espace ou dans le temps, et des diverses émotions et facultés qu’éveille et que mobilise en nous le contact avec l’autre et l’ailleurs.
Sujets d’étude possibles - « Notre monde vient d’en trouver un autre... » : récits et discours du Nouveau monde au XVIe siècle. - Le voyage en Italie, le voyage en Orient : peintres et écrivains. - Littératures et cultures africaines. - Récits de voyage et écrits d’ethnologues. - L’exotisme. - L’ailleurs utopique : un rêve rationnel. - Explorations et colonisations. - Figures de l’étranger : l’indigène, l’immigré, l’errant. - Guides touristiques : conception, écriture, mise en images
 »

Le vieux spectre de l'ethnocentrisme montrerait-il encore une fois son nez ? Que nenni, les littératures d'ailleurs sont au programme ! Notre société n'est-elle pas ouverte et tolérante ? Le chanteur le plus aimé des français n'est-il pas le grand poète Yannick Noah ?
Force est de constater pourtant qu'on ne va pas étudier les discours de Césaire, les romans de Boudjedra ni la poésie de Senghor dans l'objet d'étude 4, encore moins, soyons fous, dans le 1. Non, non, reléguons cette littérature "africaine"(quel est ce concept d'ailleurs ?) dans le cadre de "l'autre", de l'"exotisme" du "récit de voyage", voire du "guide touristique !.

Le texte encore :
« 
Situations de travail possibles - Visites de musées archéologiques, de musées des arts et traditions populaires, de musées anthropologiques, de la Cité Nationale d’Histoire de l’Immigration ; visionnage de films documentaires ; étude de récits de voyage ; contacts avec les services culturels des ambassades, les offices du tourisme ; visites de sites, lecture de guides touristiques »
Quelque chose me dit que certaines situations de travail vont être plus facilement réalisables que d'autres … De là à ce que les selfs des restaurants scolaires soient partenaires du Guide Michelin, il n'y a peut-être pas si loin ...
Citons encore et toujours : « 
écriture de guides ou de notices ethnologiques pour une contrée ou un peuple imaginaire ; écriture et illustration d’un journal de voyage dans sa vie quotidienne ; présentation étrange d’usages et d’objets familiers... constituent, parmi d’autres, des pistes d’explorations possibles. »
Alors ça, avec certains élèves, ça va être folklorique ! On va bien rigoler lorsque l'élève consciencieux va nous présenter la fourchette cannibale ou le couteau à peler le gentil colon perdu dans les forêts indigènes!

Allez, la cerise sur le gâteau en guise de conclusion, car, comme un chacun sait il faut finir sur l'argument fort. Le voici :
« 
Pour évaluer un enseignement d’exploration, il est important d’apprécier le niveau d’engagement des élèves, ce qui ne passe pas nécessairement par une notation chiffrée. Les professeurs veilleront également à apprécier le parcours personnel de chaque élève dans la préparation de ses choix d’orientation. »

J'appose l'appréciation "Excellent parcours" à l'élève qui croisant deux perspectives "présentation étrange d’usages et d’objets familiers" / " pour une contrée ou un peuple imaginaire" me présente, le "tsantza" à la mode Jivaro du cerveau rééduqué du didacticien qui a pondu ce programme ! — CT, le 03/02/2010.