![]() |
Entretien (presque) imaginaire avec Luc Chatel. |
||
| Une interviou du |
LE MAMMOUTH DÉCHAÎNÉ — Monsieur le Mini-stre, vous avez travaillé tout l'été pour pouvoir nous annoncer que l'architecture du nouveau lycée serait prête en septembre. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment concevez- vous votre tâche au ministère de l'Éducation Nationale?
LUC CHATEL — Je veux inscrire mon action dans une triple continuité, continuité de mon
prédécesseur à l’Éducation, Xavier Darcos, continuité des engagements présidentiels bienévidemment et continuité de mon action propre.
Un gros travail de fond a été effectué depuis un an . Il me suffit de continuer sur la lancée.
Xavier avait comparé son œuvre réformatrice à une fusée. Eh bien, ce n'est pas parce qu'un étage de
la fusée se détache que celle-ci ne continue pas sa route! Avec Xavier, pas de frime. Et si la qualité
du fuselage prime, pas de pleurs ensuite!
Je veux adapter l'école à son époque, c'est-à-dire au XXIème siècle, à l'époque du Président,à ses désirs ; il faut donc continuer de supprimer des postes: 13500 pour la rentrée 2009 et encore
un peu plus pour la rentrée 2010. Il faut moderniser. Et il faut aller vite. Une fusée qui se déplacerait
lentement, ce serait ridicule! Xavier avait montré l'exemple en pratiquant une sorte de guerre éclair.
Eh bien, j'adopte sa méthode en annonçant que la réforme sera prête dès septembre 2009 même si
elle ne doit entrer en vigueur qu'en septembre 2010.
LE MAMMOUTH DÉCHAÎNÉ — Avec ce calendrier serré, ne placez-vous pas les organisations syndicales quasiment devant le fait accompli?
LUC CHATEL — De toutes façons, elles en ont l'habitude et je n'ai pas grand mérite. D'ailleurs,
qu'auraient-elles à dire? Un enseignant, c'est fait pour obéir! Le concept même de désobéissance me
paraît incompatible avec les valeurs de l'éducation . Et je ne dis pas ça pour m'essayer à l'éloquence.
Mais ne me faites pas dire non plus ce que je n'ai pas dit en laissant croire que je crois à tout ce que
je dis. Vous me suivez? Si je dis qu'enseigner, c'est obéir, je n'en suis quand même pas à vouloir
créer des camps de rééducation pour apprendre à obéir à ceux qui n'ont pas appris à apprendre à
obéir. Il ne faut pas pratiquer la langue de bois ou le jargon (en pareilles circonstances, ce serait se
moquer!): il faut savoir ce que l'on dit et être clair avec les valeurs. Ne comptez pas non plus sur
moi pour tomber dans la démagogie facile en adoptant un langage qui se voudrait proche de la rue.
Je suis issu de l'université et moderniser ne signifie pas adopter le verlan. D'ailleurs, pour moi qui
me prénomme Luc, ne serait-ce pas un peu ridicule, je vous le demande? Je suis un expert en
communication! Et sans me flatter (ce n'est pas du tout mon style), je crois que mon plan de com est
assez réussi.
LE MAMMOUTH DÉCHAÎNÉ — Vous parlez de plan de com. Ne s'agit-il pas d'une expression plus adaptée au vocabulaire commercial?
LUC CHATEL — C'est vrai. Mon expérience précédente de Secrétaire d'État à la consommation et
aux soldes et tout mon passé de DRH de L'Oréal m'ont aussi été très utiles dans ce domaine.
Voyez comme j'ai réussi à bien vendre l'opération permettant d'acheter des fournitures
scolaires à bas prix. En visitant une grande surface du Val-de-Marne pour être proche du terrain et
de la vie réelle, je n'ai rencontré que des ménagères enthousiastes et des clientes ravies! Et c'est ce
que l'opinion publique retiendra. Tant pis pour les journalistes présents qui ont cru voir des
figurantes de l'UMP et qui ont identifié une conseillère municipale UMP d'un village situé à une
cinquantaine de kilomètres de là. S'il y avait une sympathisante de l'UMP dans le magasin que j'ai
visité, tant mieux pour elle, tant mieux pour moi, elle était tout à fait charmante, on ne va pas
interdire aux militants de l'UMP d'aller faire leurs courses dans leur magasin.
Voyez par ailleurs comme j'ai bien vendu les suppressions de postes en affirmant que cela
donne une marge de manœuvre soit pour revaloriser les enseignants soit pour mettre en place des
services nouveaux, comme l’aide individualisée en primaire, l’accompagnement éducatif au collège
ainsi que dans 200 lycées. Il suffit d'y croire ou d'en avoir l'air et l'opinion publique peut penser que
le pouvoir d'achat et le salaire des enseignants augmentent plus vite, et peu importe si l'aide
individualisée a plus à voir avec la suppression des RASED et la modification de la grille
hebdomadaire des emplois du temps dans les écoles qu'avec le non remplacement des départs en
retraite. Tout cela a déjà été organisé par mon prédécesseur et je suis d'accord sur le fond, il faut
simplement y mettre la forme. Forme et réforme, voilà les deux mamelles de mon action.
Voyez aussi comment j'ai su ne pas trop inquiéter les gens à propos de la grippe porcine.
Alors que Roseline vient d'annoncer que l'on évaluait actuellement en France les nouveaux cas de
grippe H1N1 à 3000 par jour, ce qui pourrait laisser craindre une flambée de l'épidémie, je vais faire
distribuer une brochure de 4 pages dans les écoles pour expliquer aux enfants et aux professeurs
qu'il faut se moucher proprement et bien se laver les mains. Il ne faut pas affoler les gens. Ce n'est
qu'en dernier ressort et au cas par cas, lorsque trois élèves d'une même classe auront attrapé la
grippe dans une même semaine que l'on pourra envisager une fermeture de classe ou d'école. Ainsi,
les plus inquiets peuvent être rassurés, nous veillons à tout. Et puis, si nous décidions de ne pas tenir
compte de ces critères, il nous serait toujours possible de dire que nous tirons les leçons de ce qui
s'est passé en Nouvelle Calédonie où aucune école n'a été fermée. Là encore, il suffit d'y mettre les
formes, tout est affaire de communication. De toutes façons, tout est prévu, même dans l'hypothèse
où nous devrions fermer les écoles: les élèves pourront suivre quelques cours à la télé, à la radio ou
sur internet. Pas de fracture sociale. Tous pourront y trouver leur compte, y compris, aux dires de
certains libraires, les éditeurs de logiciels de soutien scolaire! Alors, que demande le peuple?
Voyez enfin comme je donne l'image d'un mini-stre hyperactif (oserais-je dire d'un hyperministre de
l'Éducation essayant de se conformer à l'image de son hyperprésident?), au courant de tous les
dossiers, ne s'accordant que peu de loisirs: pour m'entretenir, par exemple, des dossiers brûlants de
la rentrée avec ma comparse Valérie Pécresse, quoi de mieux que d'organiser une réunion de travail
sous le soleil torride d'une plage? C'était le 15 août à la Baule. Mais je garde mon style. Pas de
jogging ou de T shirt trempé ni de maillot de bain. Pas de mélange des genres. Une réunion de
travail ne doit pas trop ressembler à des vacances. C'est donc tout à fait par hasard si des
journalistes nous ont surpris, Valérie et moi, alors que nous marchions en tenue décontractée
(pantalons blancs d'été et chemisettes à manches courtes) sur le sable chaud pour un entretien
strictement professionnel au milieu des baigneurs. Grippe porcine, fac, maquettes des masters, tout
y est passé. Même mon anniversaire: Valérie m'a offert le Dictionnaire Amoureux (De La France)...
Je ne sais comment la presse l'a appris, mais après tout, ce genre de petite indiscrétion plaît bien aux
lectrices de la presse people, et il y en a parmi les parents d'élèves. Je dois aussi penser à elles. Il ne
saurait y avoir de fracture au sein de la communauté éducative, et c'est à tous et à toutes que je veux
souhaiter une bonne rentrée 2009.
LE MAMMOUTH DÉCHAÎNÉ — Merci, Monsieur le Mini-stre. Pour notre part, nous adressons nos souhaits de survie au service public de l'Éducation Nationale, à l'école laïque et gratuite pour tous et aux valeurs de la République.
Propos recueillis dans les entrailles d'une poule par F. L.